9e arrondissement De gauche à droite ?

Extrait d’un article du Monde « Ces petites élections qui font la grande, daté du 31 janvier 2014 sur les municipales à Paris. Retrouvez l’article intégral ici.

Le Monde

9e arrondissement De gauche à droite ?

62 000 habitants, 4 sièges

Deux femmes, jeunes, 39 ans toutes les deux, Pauline Véron, PS, Delphine Bürkli, UMP, vont se disputer cet arrondissement, tenu par un maire socialiste très consensuel, Jacques Bravo. Le 9e est passé à gauche en 2001, en profitant des fractures à droite. Le vieux Gabriel Kaspereit, ministre sous Chaban, maire RPR du 9e sans discontinuer de 1983 à 2001, avait poussé en sous-main M. Bravo contre Pierre Lellouche, qui lui avait ravi sa circonscription…  » C’est son tour « , répétait-il discrètement à ses électeurs. Bravo fut élu, puis très bien réélu, avec 63 % des voix en 2008.

L’arrondissement s’est  » boboïsé  » et M. Bravo, ancien militaire, plaît aussi à une partie de la droite. Sa dauphine, Pauline Véron, élue depuis 2001, avocate, est un  » bébé Jospin  » comme il y eut des  » bébés Chirac « . Elle a été adjointe à la sécurité, à l’urbanisme, aux transports. Depuis juillet 2012, elle est aussi adjointe de Bertrand Delanoë à l’économie sociale et solidaire.  » On a fait neuf crèches, quatre écoles, on a refait tous les squares, planté 150 arbres « , commente Mme Véron, en arpentant les trottoirs du 9e. On la connaît, on l’arrête. Elle a pris pour numéro deux le président de la Croix-Rouge de Paris, Emmanuel Stène, dont le vice-président a choisi… Delphine Bürkli depuis des années.

Mme Bürkli ne cache pas NKM sur ses tracts, comme certains candidats de l’UMP, mais elle compte beaucoup sur son ancrage local pour l’emporter. Ses parents, d’origine suisse, avaient un restaurant dans le quartier.  » Ah, ma petite Delphine, je vote pour vous. Bruno Le Maire il est bien aussi. Mais tous les autres j’en ai par-dessus la tête « , déclare d’emblée Monique, une septuagénaire venue faire ses courses rue des Martyrs. Deux heures plus tard, Mme Bürkli la recroise avec le flot nourri de paroissiens qui sort de Notre-Dame-de- Lorette, le clocher au milieu du village.

Sa première bataille, elle l’a remportée dans son propre camp, en réussissant à garder son numéro deux, Jean-Baptiste de Froment, un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy passé chez NKM, qui devait être sacrifié sur l’autel de l’accord avec le centre. Ce jeune normalien habite le 9e, elle l’a marié là.  » Débrouille-toi avec Marielle – de Sarnez, numéro deux du MoDem – ! « , avait fini par lâcher Mme Kosciusko-Morizet, excédée par ses problèmes de liste. Un coup de fil de Nicolas Sarkozy à NKM a achevé de régler l’affaire. Habile, aimable, au mieux avec tous les pontes de l’UMP, la candidate ne se voit pas opposer une liste dissidente trop gênante sous la bannière de M. Beigbeder. C’est exprès. La droite compte beaucoup sur elle.