Bertrand Delanoë privilégie l’économie subventionnée à la création de richesses et d’emplois à Paris

Monsieur le Maire,

Tout d’abord, je vous demanderai de ne pas caricaturer mes propos sur ce que je m’apprête à vous dire. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause les entreprises de l’économie sociale et solidaire, dont l’existence remonte à plusieurs décennies, et qui jouent un rôle dans le retour à l’emploi des populations les plus fragiles.

Cependant, votre soutien financier en faveur de structures parapubliques, comme « Paris Initiatives Entreprises » qui ont vocation à soutenir ces entreprises n’est pas exempt de critiques au regard des résultats timides qu’elles affichent dans ce domaine en matière d’insertion des parisiens en difficulté.

Quand une collectivité engage pour une structure associative, comme ici, plus d’un demi million d’euros, dont la moitié est consacrée à subvenir aux frais de fonctionnement, notamment pour l’entretien d’un siège social dans le 8e arrondissement, on peut s’étonner de la distorsion entre le but affiché de cette structure et son train de vie supposé.

Disant cela, et devant cette situation qui laisse à désirer sur la gestion des deniers publics, nous sommes en droit en application de l’article L.1611-4 du Code général des collectivités territoriales, de demander un contrôle financier et de l’activité de cette association. N’ayant pas obtenu d’informations comptables en préparant l’examen de cette délibération, ni de bilan d’activités pour 2010, je vous demande d’exercer ce pouvoir et de confier à la Direction du développement économique et de l’emploi cette mission d’audit, ce qui, je l’espère, sera de nature à lever utilement toutes nos interrogations légitimes et nos doutes sur les activités de cette association.

L’an dernier, en 2010, la plate-forme « Paris Initiative Entreprises », mis en place par Christian Sautter, a fêté ses dix ans d’existence et nous avons appris alors qu’avaient été financés sur cette période près de 300 entreprises, dont une quarantaine dans le secteur de l’économie sociale et solidaire, soit près de 300 emplois. Ces chiffres, je les tiens des services de Madame Dagoma, en mai dernier qui ont été présentés à l’occasion d’un CICA à la Mairie du 9e.

En soutenant « Paris Initiatives Entreprises », ce sont 600.000 euros par an qui sont prélevés sur le budget de la Ville de Paris, pour 30 entreprises aidés et 30 emplois sauvegardés par an, soit plus de 6 millions d’euros en 10 ans pris dans la poche des parisiens, pour des résultats en matière d’emplois qui ne sont pas à la hauteur.

En plus des 6 millions d’euros consacrés en dix ans, on le sait, la Ville de Paris soutient d’autres structures coûteuses qui aident au financement, à l’accompagnement et au lancement d’entreprises solidaires et qui traitent finalement du même sujet que « Paris Initiatives Entreprises » au travers de partenariat de la Ville avec l’Association pour le droit à l’initiative économique, la boutique de gestion de Paris Ile de France, et aussi à travers les huit coopératives d’activités et d’emplois parisiennes.

Autant reconnaître par conséquent qu’il y a un problème dans votre politique de soutien à ces entreprises, qui ne portent pas ses fruits.

Depuis dix ans, vous empilez les subventions, à coup de millions d’euros, en faveur de dispositifs qui ne créent pas ou peu de richesses dans Paris.

Au regard de ce bilan décevant, nous sommes légitiment en droit de nous demander si le partenariat que vous nous demandez de renouveler aujourd’hui via cette délibération, est à la hauteur des défis de la Ville de Paris en matière de dynamisme économique et de développement des entreprises en faveur de l’emploi.

Précisément, pour revenir au cœur de cette délibération, les charges de cette association sont passées à 1 million d’euros cette année, soit une augmentation de 20%, quand l’activité de l’association progresse avec une augmentation de 18% du nombre de prêts décaissés et 19% du nombre de garanties bancaires accordées, ce qui s’est traduit par une création ou une consolidation de 356 emplois en dix ans.

Quel est le train de vie de cette structure pour nécessiter 20% d’augmentation des frais de fonctionnement ? On aurait pu imaginer compte tenu de la crise économique qui n’a pas épargné Paris depuis 3 ans, que le budget investissement aurait légitimement primé sur le fonctionnement.

Pouvez-vous nous préciser aussi la proportion d’emplois parapublics créés avec l’aide de Paris Initiatives Entreprises, et la proportion, à l’inverse, d’emplois marchands ? J’ai bien peur que ces constats, si vous nous en faisiez part, soient frappants, puisqu’ils démontreraient inévitablement que vous vous focalisez sur des emplois qui n’apportent pas de valeur ajoutée. Là encore, c’est un double échec de votre politique, en matière de la création de richesse et de  création d’emplois.

Avec un taux de chômage en hausse de 2% en 2010 à Paris, avec près de 3.000 entreprises qui ont été touchées par un redressement judiciaires ou une liquidation l’an passé, avec le départ de Paris de nombreux sièges sociaux de grandes entreprises pour la proche banlieue, plus que jamais, nos entreprises ont besoin d’être soutenues, non pas dans une logique d’économie aidée, subventionnée, comme vous le faites, mais dans une logique économique vertueuse, qui les aide à se développer.

Conseil de Paris du 11 juillet 2011

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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris