Cérémonie des 70 ans du 8 mai 1945

Cérémonie des 70 ans du 8 mai 1945

Ce matin, je présidais à la Mairie de ‪#‎Paris9‬, la cérémonie des 70 ans du 8 mai 1945.

Voici mon discours:
Cette cérémonie célèbre la fin du pire conflit jamais connu dans l’humanité. Une violence inédite parce qu’enracinée dans les extrémismes et les idéologies les plus néfastes, 62 millions de victimes, plus de 100 millions de combattants, 61 nations impliquées, 22 millions de km2 de champs de bataille, la seconde guerre mondiale a été une guerre totale d’une ampleur inimaginable … apocalyptique.

Elle avait pour foyer d’origine l’Europe, notre continent.

Nous en sommes responsables parce que cette guerre venait ponctuer des siècles de conflit, un cycle infernal de paix mal négociée, d’esprit de revanche et de tentations hégémoniques qui se répandaient comme une contagion.

La gravité de ce conflit s’explique par cet effet d’accumulation à travers les siècles, cette guerre est l’aboutissement d’un cycle infernal que, déjà, la première guerre mondiale avait annoncé avec ses 65 millions d’hommes mobilisés, ses 8 millions et demi de morts, ses 21 millions de blessés et ses 4 millions de veuves et 8 millions d’orphelins.

Cette montée incessante de la violence et de la folie criminelle fut à son paroxysme dans le conflit dont nous célébrons aujourd’hui la fin.

C’est pourquoi la paix du 8 mai est plus qu’une victoire contre un ennemi, c’est aussi une victoire sur nous-mêmes, nous européens.


En mettant fin à cet enchaînement épouvantable de guerres fratricides pendant des siècles, les européens ont bien obtenu une victoire sur eux-mêmes.

39-45 fut une guerre mondiale, mais ce fut aussi une guerre civile entre européens.

Je veux donc croire que la chronologie n’est pas un hasard et que si le 8 mai précède symboliquement le 9 mai, c’est qu’il y a là une signification particulière : en faisant la paix entre eux le 8 mai, les européens ont construit l’Europe et ont décidé de la célébrer le lendemain, le 9 mai. La paix du 8 mai a enfanté l’Europe du 9 mai, elle est son ascendante chronologique comme philosophique.

Avant l’Union, l’Europe c’est 2000 ans de guerres et de haines latentes prêtes à éclore à chaque instant.

Après l’Union, l’Europe c’est un espace de prospérité et de paix.

Cet anniversaire des 70 ans de notre victoire est aussi l’anniversaire de 70 années de paix.

C’est cette paix que nous avons fêtée hier soir, exaltant la jeunesse et l’Europe avec une association du 9e en associant les collégiens et lycéens du 9e autour d’une rencontre que nous espérons mensualiser à partir de septembre.

Car il faut bien prendre la mesure de ce qui apparaît être un miracle historique au regard des siècles de violence et de guerre qui nous ont précédés.

Oublier cette histoire, c’est oublier la genèse de cet acheminement douloureux, c’est passer à côté du sens et du caractère précieux de la paix et de l’Europe qui repose d’abord et avant tout sur le couple franco-allemand.

Dans un monde – et chacun d’entre nous le perçoit – où la paix est toujours fragile, il est utile de revenir sur ces fondamentaux. J’en ai la conviction, il nous faut retrouver l’esprit des Lumières, renforcer toujours plus l’amitié franco-allemande, amplifier les classes européennes, appuyer l’enseignement du latin, cette langue qui rend vivant le français ; en un mot, valoriser cet héritage si important et non le mettre terre par des décisions idéologiques.

Nous, nous ne voulons pas l’oublier. Car je ne connais pas de bien plus précieux que la paix.

Avec l’ensemble de mon exécutif municipal, en particulier Alexis Govciyan, si important à mes côtés pour ce travail de Mémoire mais aussi avec Claire Gannet en charge de la culture et Gypsie Bloch en charge des affaires scolaires, nous essayons donc d’innover, de présenter sous un jour nouveau, de rendre plus intelligible, plus sensible, plus incarné ce travail de mémoire.

Nous avons tout le long du mois d’avril et encore ce mois de mai avec le mois arménien, mis en œuvre une programmation intitulée Mémoire Paris Neuf qui rencontre un franc succès, encore aujourd’hui avec une exposition autour des femmes arméniennes en partenariat avec la Croix Bleue des Arméniens de France. Car le rôle des femmes a été trop souvent occulté ou minoré, pendant les guerres, les massacres et les drames.

Nous fêtions il y a quelques jours les 70 ans du 29 avril 1945, premier vote des femmes aux élections municipales après que leur droit de vote leur ait été reconnu par Charles de Gaulle le 18 mars 1944. C’était là sans doute une reconnaissance, un peu tardive il est vrai, du rôle primordial des femmes pendant la seconde guerre mondiale, la preuve ultime que la Nation ne pouvait se passer d’elles, elles qui ont tenu le pays dans l’épreuve, le deuil et la misère. Le 8 mai est donc la victoire des femmes françaises et européennes, celles qui sont restées debout face à l’ennemi.

Pour finir, chers amis, le 9e est l’arrondissement de la mémoire et nous en sommes fiers.

Le 9e est fidèle à son histoire, fidèle au sacrifice de ceux qui combattaient autour de Notre Dame de Lorette, sur le boulevard Haussmann, autour de la place St Georges, et naturellement Place de l’Opéra, à coté de la Kommandantur.

Il est fidèle à ces jeunes résistants qui incendiaient rue Buffault, rue Lamartine, rue Mayran des camions allemands, il est fidèle à l’esprit du groupe Jean Moulin qui se réunissait rue de Provence.

Il est fidèle à tous ses habitants qui ont combattu, à toutes ses habitantes qui ont tenu dans l’épreuve, et à tous ses jeunes garçons et jeunes filles qui n’ont jamais connu les grands et petits bonheurs de l’enfance.

Vive la République
Vive la France

Publié dans Actualités, Paris 9e
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris