Cérémonie en mémoire des déportés de la Seconde Guerre mondiale

Discours de Delphine Bürkli, le 24 avril 2016.

Cérémonie du 24 avril 2016

« C’est avec gravité que nous nous réunissons aujourd’hui en mémoire des déportés de la Seconde Guerre mondiale.

Je suis, comme chaque année, honorée de présider cette cérémonie entourée de mon équipe municipale. À travers cette commémoration, nous signifions clairement que nous n’oublions pas. Non, jamais nous ne pourrons ôter de nos esprits ces millions d’hommes, de femmes et d’enfants, envoyés à la mort au nom d’une idéologie inhumaine, qui avait érigé l’horreur et la barbarie en maître-mot.

Cette période représente sans doute la page la plus sombre de notre Histoire, et c’est pourquoi chacun d’entre nous a le devoir de se souvenir.

Il faut se souvenir de ce drame, qui a frappé tant de familles dans notre pays et en particulier dans le 9e arrondissement, où la communauté juive de France a toujours eu un attachement particulier. Elle a marqué l’histoire de cet arrondissement et continue aujourd’hui à l’écrire.

Il y a 75 ans, ici même, de nombreuses femmes, hommes et enfants qui habitaient dans les rues tout autour de nous ont connu l’enfer, jusqu’à la déportation. Mais rappelons que dans les heures les plus sombres de notre histoire, certains d’entre eux ont aussi côtoyé le courage. Je le soulignais lors de la cérémonie de la pose de la plaque en l’honneur de Serge Gainsbourg en mars dernier, des actes de bravoure ont aussi été réalisés et nous nous devons de les commémorer. Le 11 bis rue Chaptal n’était pas seulement le lieu d’enfance de celui qui allait devenir l’un de nos plus grands artistes du 20e siècle. C’était aussi l’adresse de Monsieur et Madame Fiancette, qui n’ont pas été des voisins parmi d’autres. Lorsque la famille Gainsbourg fut obligée de fuir Paris et le nazisme, M et Mme Fiancette leur ont proposé de veiller sur leur appartement, de cacher leurs effets personnels et tous les meubles dans leur propre domicile. A travers cet acte de courage, ces voisins ont permis à une famille toute entière de se rattacher à son histoire pour tenter de se reconstruire a son retour, en 1945, à la fin de la guerre.

Monsieur et Madame Fiancette sont un exemple de ces milliers de Justes, qui au risque de leur propre liberté et parfois même de leur vie, ont tendu une main secourable aux femmes et aux hommes en danger. Et je souhaite aussi que nous leur rendions un très vif hommage aujourd’hui, eux qui font la fierté de la nation.

Nous sommes rassemblés aujourd’hui pour nous souvenir, ensemble, de ces millions d’Hommes déportés. Rappelons nous aussi ce que représente la date du 24 avril. Il y a 101 ans aujourd’hui que la population arménienne fut massacrée, transformant l’Arménie occidentale en un champs de ruine. Avec mon Premier adjoint Alexis Govciyan, nous avons tenu à honorer la mémoire des arméniens victimes de ce génocide, tout particulièrement à l’occasion du centenaire l’année dernière mais aussi cette année. Nous étions hier soir sous l’Arc de Triomphe pour une cérémonie du souvenir aux victimes arméniennes. Cet après-midi, nous serons devant la statue du Révérends Père Komitas, cour Albert 1er, pour commémorer le souvenir des victimes du génocide 1915 et rendre hommage aux combattants arméniens pour la France.

L’histoire des peuples juifs et arméniens nous met en garde et nous rappelle la fragilité que représente la paix dans notre société et son importance cruciale.

Ce devoir de Mémoire, Alexis Govciyan, mon premier Adjoint, et moi-même, nous ne cessons de le mettre en avant et de le prôner. À travers des cérémonies, comme celle-ci, ou par des évènements exceptionnels, comme l’exposition « Grand-père, comment t’appelles-tu ? » d’Ethel Buisson, que nous sommes fiers d’accueillir en ce moment même au sein de la Mairie du 9e.

Cette exposition bouleversante est un véritable enrichissement. Je le disais lors du vernissage de l’exposition la semaine dernière, si le travail d’Ethel Buisson nous fait parcourir les derniers instants de la vie de son grand-père, Srul Ruger, il nous permet aussi de décrire le funeste voyage imposé à tant d’innocents.

Vous aurez la possibilité de suivre Ethel Buisson à l’issue de la cérémonie, pour une visite guidée de l’exposition. Merci chère Ethel pour votre présence à nos côtés ce matin.

Il est essentiel de penser que cette tragédie nous concerne tous, et toujours. Si se souvenir nous permet avant tout de rendre hommage aux victimes de l’Histoire, cela nous permet aussi de comprendre le monde dans lequel nous vivons et à quel point notre société peut rapidement basculer dans la barbarie.

Les drames que nous avons vécus en 2015, le contexte sécuritaire que nous subissons aujourd’hui nous montre toute la pertinence de ce regard vers le passé, tout ce qu’il peut nous apprendre.

Les nombreuses crises que nous traversons, qu’elles soient économiques, politiques ou sociétales, elles nous prouvent que nous ne sommes pas à l’abri de revivre des temps troublés.

Chacun de nous peut voir proliférer les discours haineux et discriminants, mesurer les clivages qui existent dans notre société, constater un repli sur soi généralisé.

L’intolérance n’a pas disparu avec la fin de la guerre, nous devons donc rester vigilants, Autrement, nous ne ferons pas que commémorer ces horreurs, nous aurons aussi à les affronter.

Rester vigilants, c’est une impérieuse nécessité de tous les instants qui doit guider nos dirigeants et nos institutions. Et à ce propos, permettez-moi de déplorer et de dénoncer le soutien du gouvernement français, qui à la différence de toutes les autres puissances occidentales, a voté il y a quelques jours la résolution de l’UNESCO, qui dénie le lien entre les Juifs et le Mur des Lamentations et le Mont du Temple à Jérusalem. Ce vote, dans le contexte d’aujourd’hui en Europe et au Moyen-Orient, de fortes tensions politiques et religieuses est insensé tant il divise, plutôt qu’il rassemble et je sais que la position choisie par notre diplomatie française a profondément blessé, meurtri nombreux de nos concitoyens, en espérant que le Président français reviendra dans les jours qui viennent sur cette décision.

Le devoir de Mémoire, ce n’est pas seulement un respect que l’on porte à ceux qui sont trop tôt disparus, c’est aussi un rappel : le rappel que rien n’est jamais acquis, le rappel que l’extrémisme n’est jamais loin.

Toutes ses personnes, meurtries par la déportation, dans leur corps et dans leur âme, qu’elles aient survécu ou non, sont là pour nous le rappeler ».

Cérémonie du 24 avril 2016

Cérémonie du 24 avril 2016

Cérémonie du 24 avril 2016

Cérémonie du 24 avril 2016