Le discours de la cérémonie en mémoire des déportés

Cérémonie en mémoire des déportés le 27 avril 2014 à la mairie du 9e

Le discours de Delphine Bürkli, Maire du 9e, lors de la cérémonie en mémoire des déportés le dimanche 27 avril 2014

C’est avec une émotion certaine que je m’adresse à vous ce matin.
Emotion, parce qu’il s’agit pour moi de ma première cérémonie en tant que Maire de notre arrondissement, entourée d’Alexis GOVCIYAN, 1er adjoint auprès de moi, en charge notamment de la mémoire et du monde combattant, et de toute mon équipe municipale.
Mais émotion surtout, car nous sommes réunis aujourd’hui pour rendre hommage, comme tous les derniers dimanches d’avril, à la mémoire des victimes de la déportation dans les camps de concentration du IIIe Reich au cours de la guerre 1939-1945.

En ce matin du 27 avril 2014, 69 ans après la libération des camps, la journée du souvenir de la déportation n’est pas et ne sera jamais une célébration comme les autres. Il nous faut donc, sans relâche, répéter que cette célébration n’est pas uniquement tournée vers l’Histoire mais bien vers notre présent et notre avenir.
Qu’ils aient été combattants volontaires, combattants de l’ombre, combattants clandestins, combattants inconnus, ils ont fait la guerre autrement et ils ont été au coeur des luttes pour notre Liberté.

Qu’ils aient été déportés parce que combattants, déportés pour le seul fait d’être nés juifs ou tsiganes, homosexuels, agents d’un réseau, militants d’une cause, simple porteurs de messages, saboteurs, ou tout simplement coupables parce que désignés comme différents par un pouvoir indigne, ils sont tous les victimes du nazisme, du fascisme et de leurs complices.

Des millions de déportés sont morts en parias, condamnés à une fin atroce, sans autre sépulture que nos mémoires.

J’appelle de mes vœux le renforcement du travail de mémoire dans notre arrondissement, engagé notamment par l’AMJED, par la pose de plaques sur les écoles du 9ème dans lesquelles des élèves ont été martyrisés parce qu’ils étaient juifs. Ces plaques constituent les marques d’un « chemin de mémoire » qui permet à chaque habitant de l’arrondissement lorsqu’il passe de mesurer quotidiennement la chance qu’il a de vivre libre dans un pays en paix et la reconnaissance qu’il doit à ceux qui ont sacrifié leur vie pour offrir cette chance aux générations futures. Que d’efforts, de volonté et d’opiniâtreté pour les associations qui, à partir des registres établis par Serge et Beate KLARSFELD – apport considérable – se sont attachées à identifier et à recenser les jeunes victimes de la shoah.

Tel est notre devoir : faire surgir de l’oubli des enfants, des adolescents et des adultes qui comme vous demeuraient dans le 9ème, victimes de la barbarie ou résistants de l’ombre.

Je pense ce matin à cette pancarte « interdit aux juifs » apposée à l’entrée du café de la paix, je songe à ces jeunes communistes qui ont incendié rue Buffault, rue Lamartine, rue Mayran des camions allemands, je pense à la vente des biens spoliés aux juifs à Drouot pendant la seconde guerre mondiale, je songe à l’interdiction par l’occupant de représentations de la pièce Andromaque avec Jean Marais au théâtre Edouard VII, je pense aux centres de fabrication clandestins de faux papiers pour les résistants au 15 rue de martyrs et au 88 rue Rochechouart, ou encore aux réunions du groupe Jean Moulin au restaurant la providence rue de Provence … autant de lieux de mémoire que nous devons transmettre en héritage.

Je pense aussi ce matin à ceux qui ont eu la chance d’être sauvées par des « justes parmi les Nations ». Ces « justes », conscience et honneur de notre pays auxquels avaient rendu hommage en 2007 Jacques CHIRAC et Simone VEIL, lors d’une cérémonie au Panthéon.

Nous tous ici, élus de la République et citoyens, avons l’ardente obligation de trouver une expression du devoir de mémoire et encore plus dans ce 9ème où de nombreuses institutions juives résident. Cette cérémonie marque l’engagement moral de notre municipalité à donner toute sa place à une forme de reconnaissance active du génocide. Nous sommes le maillon d’une chaîne, tout comme ces hommes, ces femmes et ces enfants. Nous nous devons de faire vivre cette chaîne, de reformer les maillons manquants, par notre travail car comme l’a écrit Primo Levi dans son livre Si c’est un homme
« Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons
N’oubliez jamais ce qui fut
Non ne l’oubliez jamais
Gravez ces mots dans votre cœur »

Parce que le temps n’est pas loin où disparaitront les derniers témoins de cette époque maudite, cette cérémonie et les actions que nous pourrons mener dans les écoles sont primordiales pour faire de chaque génération des « passeurs de mémoire » car « Le ventre est encore fécond d’où la bête immonde est sortie. Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà tout perdu ». Ces quelques mots empruntés à Bertold BRECHT nous rappellent que le danger de l’exclusion par la haine est toujours latent. A cet instant j’ai une pensée toute particulière pour le Rabbin de la Synagogue de la rue Saulnier et pour son fils, sauvagement agressés il y a tout juste un an, je pense également à Ilan HALIMI assassiné dans des conditions inhumaines ou aux victimes de Mohammed MERAH, un acte intolérable qui doit nous appeler à la plus grande vigilance, et lutter contre la banalisation, le renoncement et la résignation. Je rappellerai au nouveau commissaire du 9ème, lorsqu’il sera nommé par le Ministère de l’Intérieur, l’ardente obligation qui sera la sienne de veiller en particulier à la sécurité la communauté juive de notre arrondissement.
Cet instant de recueillement dans chaque arrondissement se poursuivra à l’échelle parisienne à 15h45 au Mémorial de la Shoah puis à 16h30 au Mémorial national des Martyrs de la Déportation et s’achèvera à 18h30 par un ravivage de la flamme sur la tombe du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe.

* * *

Chers amis, cette cérémonie s’achève sur le chant des marais, composé en 1934 par des détenus politiques allemands, et qui est devenu l’hymne commémoratif de tous les anciens déportés. C’est un chant lourd de sens mais surtout porteur d’espérance.

Souvenons-nous avec nos amis, Charles BARON, rescapé des camps, et Gabrielle MASS, dont le père a été interné à Drancy et mort en déportation à Auschwitz, présents tous deux à nos côtés ce matin, de ces petits enfants, de ces femmes, de ces hommes qui furent tués par et pour une idéologie totalitaire.
Face aux assassins de la mémoire, nous avons un devoir de connaissance et de vérité.
Nous n’y manquerons pas.

Cérémonie en mémoire des déportés le 27 avril 2014 à la mairie du 9e