Commémoration de la Libération de Paris

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Le discours de Delphine Bürkli du 25 août 2015 pour la cérémonie de Commémoration de la Libération de Paris.

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Chers représentants des associations d’anciens combattants,
Chers élus, chers Collègues,
Mesdames et Messieurs,

Il y a soixante et onze ans, jour pour jour, Paris est libérée.

Plus qu’une leçon d’histoire, nos cérémonies doivent être des leçons de vie. Plus qu’une évocation du souvenir, elles doivent être une obligation pour l’avenir.

Encore plus aujourd’hui, dans ce contexte si particulier, une cérémonie ne doit pas être réduite à une simple commémoration. Elle doit être plus que cela et devenir une véritable célébration de nos valeurs, celles qui sont au cœur de notre pacte républicain, celles pour lesquelles on peut aller jusqu’à se dépasser, se battre et parfois même mourir.

Avec Alexis Govciyan, mon Premier Adjoint en charge notamment de la mémoire et du monde combattant, nous faisons de cette conviction profonde un véritable marqueur de notre action municipale. Que ce soit dans le cadre des cérémonies commémoratives ou dans le cadre de l’année de la Mémoire que nous avons mise en place début 2015 avec un nombre très important de manifestations, nous tenons fermement cet engagement. Car, je veux que le souvenir soit inspirant et pour cela il doit nous être proche, incarné, vivant.

Il y a quelques semaines, j’ai pris connaissance – et je dois le dire, avec beaucoup d’émotions – d’un document officiel émanant de ce que l’on appelait alors la Mairie de l’Opéra. Dans ce document, daté du 1er septembre 1944, la Mairie du 9e reconnaissait, au nom du Gouvernement Provisoire de la République Française, l’héroïsme d’André-Jean Pinay, un lieutenant résidant alors au 11 rue Baudin (devenue peu de temps après la rue Pierre Sémard, en hommage au secrétaire général de la fédération des cheminots, dirigeant du PCF, fusillé par les nazis). André-Jean Pinay a, avec courage, combattu l’ennemi et participé à la libération de cette Mairie. Je souhaitais ce matin évoquer sa mémoire et à travers lui rendre hommage à tous ces frères d’armes qui ont donné leur vie pour libérer notre pays.

C’est très troublant d’avoir entre ses mains un tel document c’est-à-dire un document d’une Mairie, la nôtre, l’institution de la République que l’on pense la plus évidente, la plus acquise et la plus inamovible, et d’y lire le récit de combats, de l’insurrection et de la Libération.

Cela paraît d’ailleurs irréel d’imaginer des combats ici même, de parcourir un tel document, avec l’en-tête officiel, relater de tels évènements et pourtant cela s’est bien passé, ici, et ce fut une réalité. Même les Mairies, même la Mairie du 9e en plein de cœur de Paris … toutes les institutions avaient été prises par l’ennemi. Rien ne semblait avoir été épargné.

C’est dire le courage et l’héroïsme des Français. Ils y ont cru, ils se sont battus pour cela, alors même que la débâcle était totale, que l’espoir semblait impossible, insensé.

Sur ce document, on retrouve aussi une curiosité pour l’époque : la signature d’une certaine Lucienne Didner. Cette jeune femme était adjointe au Maire de l’époque Maurice Fontaine. Nous sommes à l’été 1944 et le droit de vote des femmes est confirmé par l’ordonnance du 5 octobre, mais il ne sera utilisé que le 29 avril 1945 pour les premières élections municipales de la France libérée.

C’est aussi cela la marche de l’Histoire : les femmes ayant été héroïques pendant la guerre et la Libération, certaines d’entre elles se sont naturellement trouvées en poste dans les municipalités provisoires. Alors que, légalement, elles ne pouvaient pas encore l’être. Avant cette date, les exemples sont rares de femmes à occuper des postes à responsabilités, un seul exemple bien connu, celui de Lucie Aubrac qui avait été nommée membre de l’Assemblée consultative provisoire dès novembre 43.

C’est bien la preuve que la France de la Résistance annonçait ce que la France libre deviendra : les femmes en poste dans la Résistance allaient pouvoir être élues après la Libération. Et c’est aussi une fierté pour le 9e d’avoir connu une femme adjointe dans ces temps troublés.

Car, et vous le savez, notre arrondissement n’a pas été épargné. Il a été au cœur de la bataille de Paris. Il faudrait évoquer tous ces combats dans le 9e et ses alentours, autour de Notre Dame de Lorette, de la place de la Concorde de la rue de Rivoli, autour de la Place St Augustin, sur le boulevard Haussmann, près de la place St Georges, et naturellement Place de l’Opéra, à coté de la Kommandantur. Le 9e a été en première ligne de la Libération de Paris parce qu’il est l’arrondissement de la liberté.
Nous avons été et nous sommes toujours l’arrondissement de la liberté – l’arrondissement de la liberté de la presse, celle qui est aujourd’hui encore menacée avec barbarie à travers le monde et qui a été, ici à Paris, si cruellement touchée; l’arrondissement de la liberté de créer avec le plus grand nombre de théâtres parisiens et d’entreprises innovantes; l’arrondissement de la liberté de culte, celle-là même qui fut déniée à tant de nos compatriotes avant ce 25 août 1944.

Dans un formidable élan de fraternité, de fierté et d’enthousiasme, Paris fut ainsi libéré. Le 25 août à l’Hôtel de Ville, Charles de Gaulle prononce ses fameux mots et, chose que l’on oublie peut-être parfois, appelle à l’unité nationale. Dans son discours dont nous venons d’entendre un extrait, il y avait certes l’exaltation de la libération, mais il y avait aussi la volonté de réaffirmer pleinement et entièrement l’unité des Français et des territoires, et donc la République.

La liberté retrouvée pour une partie du territoire, l’égalité entre les Français de toutes les confessions, la fraternité entre les Français et l’unité de la France, c’est aussi cela, Paris le 25 août 1944.

Le Paris Libéré est un cri du cœur.

Mais, ces mots de liberté n’appartiennent pas qu’aux Parisiens, pas plus qu’aux Français. Il s’agit d’un élan de liberté qui s’étendra partout dans le monde et qui ne vaut évidemment pas que pour 1944. C’est une missive et un commandement pour les soldats de la liberté de toutes les époques.

Ce sont ces mêmes soldats de la Liberté, 71 ans après la Libération de Paris, que nous accueillons depuis ces derniers mois dans notre Mairie dans le cadre de l’opération Sentinelle après les attentats de janvier. Accueillir ici le 7e bataillon de chasseurs alpins (7e BCA), à la Mairie, est pour nous un acte d’adhésion et de fidélité à l’esprit de la Libération de Paris. Nous en sommes fiers.

Vive la République et vive la France !

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Publié dans Actualités
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris