Commémoration du 74e anniversaire de la libération de Paris

Discours de Delphine Bürkli le 25 août 2018.

« Rien ne m’a jamais fait battre le cœur
Rien ne m’a fait ainsi rire et pleurer
Comme ce cri de mon peuple vainqueur
Rien n’est si grand qu’un linceul déchiré
Paris, Paris soi-même libéré »

Paris libérée par son peuple, c’était il y a tout juste 74 ans. En résonnance avec les mots de Louis Aragon, les parisiens et les parisiennes ont puisé au plus profond de la richesse inouïe de Paris et ont trouvé en eux l’espoir et la force suffisante pour un ultime combat au nom de la liberté.

Ils étaient résistants, anonymes, gardiens de la paix ou gradés de la Préfecture de Police de Paris, des milliers d’hommes et de femmes guidés par le Général de Gaulle, par Philippe Leclerc de Hautecloque, par Jacques Chaban-Delmas, par Henri Rol-Tanguy; ils ont préparé secrètement l’insurrection au lendemain du 6 juin et du débarquement des Alliés en Normandie. Tous se sont soulevés pour rendre enfin à Paris sa liberté. Parmi eux, des femmes que je souhaite honorer particulièrement à travers cette cérémonie aujourd’hui. Car leur rôle crucial fut trop souvent occulté dans les livres, dans les discours et dans la distribution des honneurs après la guerre. Et pourtant, leur action de résistantes parisiennes au cours de cette période sombre de notre Histoire fut déterminante.

Elles s’appelaient Berty Albrecht, Laure Diebold, Marie Hackin, Marcelle Henry, Simone Michel-Levy et Emilienne Moreau-Evrard, elle furent les seules à être faites « compagnons » de la Libération sur les 1038 décorés après la Guerre. D’innombrables autres qui s’appelaient Jacqueline, Marceline, Raymonde, Eugénie, Lucie ou bien Juliette ont elles aussi œuvré pour libérer la capitale française. Beaucoup furent des rouages anonymes de la Résistance, à l’instar de Cécile Rol Tanguy qui tapa les appels à l’insurrection placardés dans toute la ville. Dans l’ombre, les résistantes maniaient efficacement les armes, abritaient ceux qui devaient se cacher, livraient de faux papiers d’identité.

Toutes étaient véritablement l’incarnation des valeurs de Paris. Paris, ville féminine par excellence, qui a vu naitre la démocratie et les droits de l’homme. Paris, où le respect des libertés de chacun fut érigé comme un droit inaliénable. Paris, où le progrès et l’innovation sont devenus les maitres mots d’une ville résolument tournée vers l’avenir. C’est bien cette ville de Paris que représentait chacune des résistantes engagées au cœur de la capitale pour vaincre l’occupant. À travers son histoire, il ne nous faut jamais oublier que Paris ne s’est jamais résolue à être la ville du repli sur soi, des égoïsmes et des clivages.

Ces résistantes qui ont lutté pour défendre nos valeurs, restent une source d’inspiration pour relever les défis qui se dressent devant nous, la mondialisation bien sûr mais aussi l’insécurité culturelle qui frappe et fracture nos sociétés occidentales.

En ce jour de commémoration de la libération de Paris, je souhaite que nous ayons une pensée émue pour Arsène Tchakarian, véritable figure de la Résistance, qui nous a quittés en plein cœur de l’été. Il était un membre éminent du groupe « Manouchian », particulièrement actif en 1944. Composé d’une trentaine d’hommes, Manouchian commit une centaine d’attentats contre l’occupant nazi en seulement six mois, à Paris. 23 d’entre eux furent arrêtés et fusillées en novembre 1944 :

Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant.

Arsène Tchakarian était aujourd’hui le dernier survivant du groupe pour lequel Aragon avait écrit les vers de ce poème bouleversant. Âgé de 101 ans, il assistait encore, le 18 juin dernier, à la commémoration de l’appel du Général de Gaulle dans sa ville de Vitry. En 2015, il nous avait fait l’honneur de sa présence hier même à la mairie du 9e pour l’inauguration de l’exposition de Francine Mayran, cher Alexis, à l’occasion du centenaire du génocide arménien. Au fil des années, Monsieur Tchakarian était devenu un militant de la mémoire faisant partager son vécu et restant convaincu que cette action devait immuniser la société de la résurgence du fascisme. Son engagement restera pour nous une source d’admiration et d’inspiration pour que jamais Paris ne cesse de se battre pour sa liberté.

Nous portons en nous l’héritage de ce 25 août 1944. Lorsque Paris toute entière est devenue le théâtre de batailles cruciales et que les parisiens et les parisiennes ont su faire preuve de courage et de patriotisme pour agir d’un seul bloc face à l’occupation et rendre à Paris sa lumière. Ensemble, avec les représentants des anciens combattants mais aussi avec les jeunes générations, nous continuerons à brandir fièrement les couleurs du drapeau français, à clamer haut et fort notre devise de Paris « Fluctuat Nec Mergitur », faisant appel à l’image d’un bateau battu par les flots mais qui ne sombre pas.

Non seulement Paris doit rayonner à travers la France, mais Paris doit rayonner plus largement à travers le monde. Pour tant de peuples aujourd’hui toujours opprimés, Paris est porteuse d’espoir et de modernité. Il nous faut être à la hauteur de ce rôle majeur, mais aussi à la hauteur de nos ancêtres résistants qui ont donné leur vie pour notre liberté.

Vive la République, vive la France, vive Paris !