Communication sur la rentrée scolaire


Conseil de Paris – Septembre 2017

Je souhaiterais ce matin insister sur trois sujets essentiels sur lesquels les réponses que vous apportez sont loin d’être satisfaisantes pour garantir les meilleures conditions d’enseignement.

D’abord, premier sujet, quel toit on met sur la tête des enfants?
Excusez-moi ici de redonner à César et en particulier aux maires d’arrondissement ce qui leur revient : dans votre communication vous évoquez les nombreux chantiers d’entretien et de rénovation dans les écoles menés par vos services : dois-je rappeler que ceux-ci sont décidés par les maires d’arrondissement dans le cadre de leur budget d’investissement. Cela aurait été charitable de nous rendre ainsi hommage dans votre communication, surtout quand je pense à mes collègues des 15e et 20e et les presque 100 écoles qu’ils ont chacun à entretenir. Chaque maire d’arrondissement pourra d’ailleurs témoigner de l’étroitesse de l’enveloppe allouée par la Ville de Paris dans le cadre des IIL pour mener ces travaux face à l’immensité du patrimoine scolaire et son état – il faut bien le dire – de vétusté. Mme Cordebard, alors que, c’est votre dernière communication avant de devenir, et je vous le souhaite tant le poste est exaltant, Maire d’arrondissement, pensez-y en transmettant vos dossiers à votre successeur !

La question du bâti m’amène à évoquer celle des locaux libérés dans les écoles à la suite des fermetures de classe – assez nombreuses – ces trois dernières années. C’est une réalité: les effectifs baissent d’année en année à Paris quand pour les métropoles de Bordeaux, de Marseille ou de Lyon ils sont à la hausse. Quelques chiffres : en Gironde : 33 ouvertures nettes, dans les Bouches du Rhône : 61, et pour la seule Ville de Lyon : 23 …

Cette question de la baisse des effectifs à Paris et donc de l’attractivité de Paris pour les familles est à elle seule un vrai sujet qui dépasse le cadre de la rentrée scolaire car il soulève l’épineux problème de la fuite des classes intermédiaires de Paris à l’arrivée du second enfant et donc du logement, mais sur ce sujet, nos points de vue divergent totalement.

Par contre, un sujet encore en friche sur lequel nous pourrions travailler conjointement et à l’échelle de tout Paris est l’usage que nous pouvons faire des classes ainsi libérées. Actuellement elles sont annexées au gré des projets et des tempéraments des encadrants, le plus souvent par le périscolaire. Pourquoi pas ? Mais cela mérite une réflexion globale. Pourrait-on proposer des ateliers bleus dans ces locaux qui soient dédiés à l’apprentissage du codage quand on sait que beaucoup des métiers de demain tourneront autour de l’open data ? Ces locaux ne pourraient-ils pas devenir de vraies salles de musique quand nos conservatoires sont saturés ? Ces locaux libérés ne pourraient-ils pas être une belle occasion pour y accueillir des classes thérapeutiques ? Notamment pour les enfants ayant des troubles du spectre autistique. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans cet hémicycle : le Conseil de l’Europe accuse régulièrement la France de ne pas respecter le droit des enfants autistes à être scolarisés dans des établissements ordinaires. Saisissons nous donc de cette opportunité foncière en quelque sorte pour avoir une vraie politique inclusive en matière de scolarité et handicap. Pourrait-on par la même occasion imaginer de pallier le manque d’AVS en formant nos animateurs ?

La question des locaux appelle aussi celle plus que jamais d’actualité sur la qualité de l’air intérieur dans les écoles et l’isolation thermique. Alors que le gouvernement Philippe s’apprête à faire des annonces ce jour sur les « passoires thermiques » que sont les écoles, vous présentez une délibération dans ce conseil qui n’est que la simple poursuite du chantier de mise aux normes énergétiques des écoles parisiennes initié par Bertrand Delanoë en 2007. Vous n’en profitez pas et c’est bien dommage pour revoir ce programme qui a 10 ans maintenant, pour l’adapter davantage aux défis actuels. En attendant, l’efficacité des classes chauffées par la seule présence d’enfants, mêmes en manteaux et en écharpe, n’est pas flagrante, et quand on sait qu’au mois de juin on a relevé dans plusieurs dortoirs ou des classes des 38 degrés, on se dit qu’on est encore très loin du compte. La proposition de ma collègue, Florence Berthout, de PPMS Canicule, demeure donc d’actualité.

Sur la qualité de l’air, c’est un sujet de santé publique majeur ainsi que nous l’a rappelé la journée nationale dédiée le 20 septembre dernier, vous le savez, en 2018, les écoles et les crèches françaises devront être en conformité avec les nouvelles réglementations relatives aux modalités de surveillance de la qualité de l’air intérieur. Alors vous me direz : pour régler le problème de la qualité de l’air intérieur il faut d’abord régler celui de la qualité de l’air extérieur. Mais je vous réponds : pas seulement. Nous pouvons à l’exemple la ville de Lyon, qui n’a pas hésité, elle, à prendre les devants, mener un grand plan de mesure de la qualité de l’air dans les écoles et les crèches parisiennes, et en fonction des résultats revoir certains process humains, certains ouvrants et pourquoi pas, investir dans des purificateurs d’air intérieur ? Il y a sur ce dernier point désormais urgence …

Autrement dit ce dont ces écoles ont besoin ce n’est pas de budget participatif : dans le 9e je refuse d’ailleurs de soumettre au vote des travaux primordiaux comme les rénovations de sanitaires, rénovation de cour, insonorisation des réfectoires et des dortoirs. À nous élus de répondre à cette urgence. Ce dont les écoles parisiennes ont le plus besoin c’est d’un vrai « plan Marshall » de rénovation d’une part et de révolution numérique d’autre part.

Deuxième sujet, au cœur des prérogatives municipales, et je serai plus brève, il y a la restauration scolaire. Je me réjouis avec mes collègues maires, de tous les bancs d’ailleurs, de l’abandon de la création d’un établissement public au profit, ainsi que je le suggérais d’ailleurs, d’un bureau de la restauration scolaire renforcé et qui soit fonction support pour nos directeurs de caisses. Cette compétence gardée à l’échelon local nous permet ainsi dans le 9e de proposer de nouvelles avancées pour cette année scolaire : un repas végétarien par semaine, un goûter gratuit et équilibré dans chaque école élémentaire, le prélèvement automatique pour la facturation … Chacun de mes collègues pourrait allonger cette liste d’exemples vertueux, preuve s’il en est, que dans les arrondissements, avec un peu d’autonomie, on peut faire bouger les lignes.

Enfin, troisième sujet, dans les semaines qui viennent, la rentrée passée, le sujet qui sera majeur dans nos arrondissements, sera celui des rythmes scolaires. Paris se targue d’être la première grande ville à avoir mis en place la réforme, j’ai l’impression qu’elle sera la dernière à en tirer le bilan et les conséquences. Qu’on le veuille ou non, les conseils d’écoles se sont saisis dès juin du sujet avec l’annonce du décret Philippe qui a changé la donne.

Nous ne pouvons pas, en lien avec les conseils d’école, nous soustraire à la demande de revoir l’organisation de la semaine. Vous n’avez pas voulu y répondre dans le cadre de la MIE, vous devez y répondre dans le cadre des conseils d’école. On ne peut pas passer ses journées à vanter la démocratie participative, la concertation citoyenne, et ne pas ouvrir la consultation, école par école, sur ce sujet. Peut-être qu’à l’issue on décidera de passer à la semaine des 4 jours, ou de rester à celle des 4,5 jours mais en revoyant la distribution entre le scolaire et le périscolaire comme l’avait proposé mon groupe dans le cadre de la MIE, et en priorité en école maternelle. Peut-être qu’on décidera de ne rien changer, ce serait bien dommage tant les inégalités entre établissements sont flagrantes. Alors prenons ce décret à la lettre, qui nous laisse d’importantes marges de manœuvres et ne nous interdisons rien ! Pour ma part, je prendrai mes responsabilités et organiserai cette consultation dans le 9e. Elle devra également intégrer la question du soutien scolaire dirigé et non pas juste surveillé. Paris se doit d’être exemplaire sur le sujet. Le nouveau Ministre de l’Éducation en a fait une priorité. Je n’ai pas retrouvé dans votre communication de décision en ce sens, c’est dommage alors que Jean-Michel Blanquer envisage d’étendre le dispositif de soutien scolaire mis en place dans les collèges aux élèves de CM2 : que notre Ville d’ores et déjà se positionne pour mettre en place cette mesure.

Que ce soit sur la qualité du bâti, la restauration scolaire ou précisément sur ce dernier sujet, je crois que notre leitmotiv en cette nouvelle rentrée scolaire doit être de rassurer, de valoriser et d’innover. «