Conseil de Paris – décembre 2016

Interventions de Delphine Bürkli

Sur le rapport de la Chambre Régionale des Comptes concernant la fermeture des berges de la Seine rive gauche.
« J’espère que ce sujet fera là aussi l’unanimité, mais j’en doute un peu, parce que piétonniser sans faire de réforme structurelle pour diminuer le nombre de voitures dans Paris n’améliore pas la qualité de l’air. C’est en substance ce que dit ce rapport, dans sa partie consacrée à l’impact de l’aménagement des berges sur la qualité de l’air. De ce point de vue, ce document a le mérite de la clarté puisqu’il confirme que l’aménagement des berges de Seine génère à la fois des reports de circulation et des reports de pollution.
Ainsi, j’ai appris avec stupéfaction que, sur le quai Anatole-France, les niveaux moyens de polluants sont identiques à ceux du boulevard périphérique. Et sur tous les axes de report de circulation, il est indiqué que les niveaux de polluants sont supérieurs de 13 % à 50 % à ceux mesurés sur les grands boulevards parisiens.
Je crois qu’il est temps de sortir du déni, en particulier au sortir de dix jours d’un épisode de pollution important.
Les aménagements ne peuvent plus être pensés intra-muros, Monsieur NAJDOVSKI, c’est-à-dire dans l’entre-soi sous peine d’être des échecs du point de vue de la lutte contre la pollution.
Dans la première mandature 2001-2008, nous avons eu Magenta, Saint-Marcel et autres, mais pour quels résultats ? Si ce n’est des reports de circulation et de pollution dans les rues adjacentes et voisines. Le 9e arrondissement est d’ailleurs à ce niveau.
À l’échelle de la Métropole, que signifie aujourd’hui la piétonisation des berges de Seine si ce n’est un aménagement de petite taille, avec 3,3 kilomètres qui saturent les axes de report et qui ralentit les transports en commun.
Alors les Parisiens de Paris veulent conquérir de nouveaux espaces, parfois éphémères comme le montre le succès des friches. Ils veulent de nouveaux usages sur des espaces autrefois dédiés à la circulation automobile et en petite et grande couronne, qu’on ne doit pas oublier, des Parisiens de la Métropole n’ont parfois pas d’autre choix que d’utiliser leur voiture individuelle pour se déplacer. Il est donc nécessaire de concilier les aspirations et les besoins de tous ces gens car l’intérêt métropolitain nous l’impose.
Le rapport en atteste : les aménagements piétons permettent d’offrir de nouveaux espaces de vie, mais pas de diminuer la pollution car pour diminuer l’utilisation de la voiture individuelle, il faut changer d’échelle et cette échelle, c’est l’aire urbaine et métropolitaine.
La circulation alternée – vous y faisiez allusion – comme nous l’avons connue la semaine dernière, c’est un cachet d’aspirine pour une maladie grave. Pire, c’est une réponse politicienne de court terme à un problème de fond qui se pose au territoire francilien depuis longtemps et, malheureusement, les décisions qui s’imposent n’ont pas été prises ou ont été prises avec retard. Je pense à l’interdiction des camions et des poids lourds en juillet 2015. Il y a un an, les camions, les poids lourds et les cars de tourisme les plus polluants sont interdits de Paris alors que vous êtes aux responsabilités depuis 2001. Toutes les tentatives pour créer des contraintes aux automobilistes, comme la diminution des obligations de création de place de stationnement, se sont heurtées à un plafond de verre, celui de ceux qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture.
Il est temps aujourd’hui de prendre collectivement nos responsabilités, de ne pas s’envoyer la balle entre la Ville de Paris et la Région Ile-de-France pour diminuer le trafic automobile dans l’aire urbaine : nous devons accompagner cette mutation en portant des réformes structurelles, comme l’écotaxe ou le péage urbain aux portes de la Métropole. Ne nous interdisons pas de parler du péage urbain car c’est uniquement à partir du moment où nous aurons pris cette décision qui s’impose que nous pourrons ensuite envisager sérieusement des aménagements pour améliorer l’espace public, sans pour autant limiter la mobilité avec des transports en commun fiables et rapides, qu’ils soient métro, bus, R.E.R., bateau avec des espaces à conquérir et aménagés car devenus libérés de la voiture, bref promouvoir un territoire silencieux et non pollué, un modèle vertueux qui nous conduira à choisir ceux qui peuvent rentrer à Paris, c’est-à-dire refuser les véhicules polluants, faire payer les autres et dégager des financements nécessaires à l’entrée de Paris dans sa Métropole, et de faire enfin cette transition énergétique et sa révolution de la mobilité.
Je vous remercie. »

Sur la délibération « DPE 62 Mise à disposition de crédits d’investissement en vue de permettre aux maires d’arrondissement d’acquérir du matériel de propreté de proximité. »

 » Mes chers collègues, avec ce projet de délibération, cher Mao, vous démontrez à quel point le copilotage de la propreté est déséquilibré en faveur de la mairie centrale. Pour l’illustrer, vous mettez donc à notre disposition des crédits d’investissement.
C’est en théorie car en pratique, ce n’est pas du tout cela parce qu’au lieu de nous déléguer une partie du budget d’investissement, vous nous donnez une subvention pour acquérir du matériel de proximité, dites-vous dans cette délibération, ce qui nous montre que vous ne comptez pas du tout vous appuyer sur les arrondissements pour améliorer la qualité du parc, mais que vous acceptez dans votre grande bonté de financer de l’accessoire.
Aux arrondissements, vous nous laissez la main pour acheter des balais, des souffleuses, des aspiratrices de trottoirs, et rien d’autre parce qu’avec seulement 3 % du budget d’investissement réparti sur les vingt arrondissements, vous avez tout à fait raison, nous ne pourrons rien acheter de plus que du matériel de propreté de proximité.
Mais puisque vous semblez être à notre écoute sur ce sujet, je vais vous donner la liste de nos besoins réels au quotidien.
Nous avons besoin de plus de chauffeurs, afin que les aspiratrices et les laveuses de chaussées soient plus souvent équipées et les services réellement effectués, ce qui n’est pas encore totalement le cas aujourd’hui.
Nous avons besoin que les aspiratrices et les laveuses de trottoirs soient remplacées, car elles sont trop souvent en panne. Et si je peux abuser de vos bonnes dispositions du jour, nous avons besoin d’agents qui interviennent en horaires décalés toute l’année et pas seulement du 15 juin au 15 décembre, comme vous voulez le proposer. Je n’avais pas compris la première fois où vous m’aviez parlé de ces horaires décalés qui n’étaient bornés que dans le temps de la période estivale et c’est notoirement insuffisant.
Alors, forts de nos besoins récurrents, et si vous souhaitez vraiment nous déléguer des crédits d’investissements, nous vous proposons une montée en puissance du dispositif.
Avec mon groupe des Républicains, nous avons déposé un vœu qui vous propose de faire des arrondissements le véritable partenaire du renforcement de la propreté de l’espace public. En portant à 5 millions d’euros les crédits d’investissement alloués, nous serions en mesure de construire la première étape d’un véritable copilotage. La Ville de Paris pourrait se concentrer sur l’équipement des engins nettoyeurs de chaussées, pendant que nous, dans les arrondissements, nous pourrions investir pour remplacer le matériel vétuste.
En l’état actuel, le dispositif que vous nous proposez aujourd’hui est inefficace, en tout cas pas du tout satisfaisant et pas très sérieux du point de vue de la gestion de l’argent public. Comme vous le savez, à partir du moment où nous souhaiteront acquérir autre chose que du matériel de proximité, nous nous heurterons à de réelles difficultés en termes de maintenance et de stationnement.
En tout état de cause, je crois que l’amélioration de la propreté ne pourra être effective que par un renforcement des moyens matériels et pas de matériels de proximité, si vous me permettez d’insister sur cette nuance.
Vous aurez noté qu’il est nécessaire d’engager un véritable plan de remplacement du matériel, même si je suis bien consciente des contraintes de l’éradication du diesel dans le parc, qui là aussi intervient, vous en conviendrez, bien tard.
Voilà, j’espère que vous donnerez un avis favorable à notre vœu, qui est un vœu en faveur du renforcement du copilotage et du renforcement tout simplement de la propreté dans notre espace public.
Je vous remercie. »

Publié dans Actualités, Conseil de Paris, Economie, Environnement, Paris 9e, Transports/Déplacements
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris