Débat sur la propreté

Conseil de Paris des 15 et 16 février 2016 – Intervention de Delphine Bürkli

A la lecture de votre communication et en entendant les différents orateurs ce matin, on constate aisément que vous continuez à considérer que Paris n’est pas une ville salle mais une ville salie. C’est naturellement une lapalissade. Avec 2 millions d’habitants ajoutés à près de 50 millions de touristes par an sur un territoire de 105 kilomètres carrés, dire que Paris est salie est une évidence.

Face à cette évidence, la Ville doit mettre vraiment les moyens pour assurer le nettoyage, ce qui n’est pas fait à 100 % pour plusieurs raisons. D’abord, la majorité de nos agents travaillent le matin. Pour ne prendre que l’exemple du 9e arrondissement, nous avons quatre ateliers le matin et un seul l’après-midi. Le matériel, que ce soient les aspiratrices de trottoirs ou les laveuses, est vétuste et leur nombre est insuffisant. Beaucoup de mes collègues avant moi ont pu le dénoncer.

Enfin, les zones touristiques ne sont malheureusement pas gérées. Pour reprendre l’exemple du 9e, c’est notre division propreté, dimensionnée pour 60.000 habitants, donc sous-dotée, qui doit assurer le nettoyage du secteur Haussmann Opéra qui reçoit entre 150.000 et 180.000 visiteurs par jour. J’entends que le 20e est sous-doté, que le 15e est sous-doté. A cela se rajoute le 9e arrondissement.

Un motif de satisfaction, cependant, dans cette communication, et qui répond à une demande que j’ai souvent formulée auprès de M. PENINOU, et je me réjouis qu’elle puisse être entendue aujourd’hui : vous annoncez les ateliers d’après-midi supplémentaires, puisque que les éboueurs supplémentaires qui seront embauchés viendront renforcer prioritairement les équipes d’après-midi, et c’est une bonne chose.

Permettez-moi cependant de vous faire part de mon scepticisme sur les chiffres annoncés. Le recrutement de 79 éboueurs en 2016, à l’échelle de Paris, me paraît totalement insuffisant eu égard aux enjeux, rien que sur le 9e où un atelier supplémentaire est absolument nécessaire. Comme vous le savez, nous aurions besoin d’une vingtaine d’éboueurs supplémentaires, sans compter l’encadrement.
Sur le matériel, ensuite, je souhaite que vous puissiez aller beaucoup plus loin. Il est aujourd’hui vétuste et souvent en panne. Pire, les nouveaux matériels – je cite par exemple les aspiratrices de chaussée électriques, dont vous continuez à faire la promotion dans ce document – sont particulièrement inefficaces. Je l’ai constaté moi-même. Les gens de la propreté le disent très souvent, le constatent et le déplorent.

Aujourd’hui, vous nous présentez des orientations pour un renforcement de la propreté. Je parle d’orientations, puisqu’il s’agit d’une communication. Je regrette qu’aucune délibération ne vienne concrètement accompagner ce document.

Sur la stratégie « zéro déchet », rien que sur mon arrondissement, des actions concrètes ont été mises en place : collecte et recyclage des mégots de cigarettes grâce à 100 cendriers de rue qui ont été déployés sur l’espace public en début d’année : collecte des biodéchets dans les cantines des écoles, de collèges, de lycées ; installation de compost partout sur le territoire, dans les immeubles, à la mairie, dans les équipements publics.

Je regrette que dans la communication, on ne parle pas aussi des expérimentations qui, conformément à la charte des arrondissements, ont été mises en place dans plusieurs arrondissements, dont le 9e arrondissement. Quand on parle de concertation, de co-pilotage avec l’arrondissement, pourquoi passer sous le silence des expérimentations qui portent leurs fruits ?

Plus qu’un renforcement de la propreté, c’est une profonde révolution qui a été engagée pour que ce service public soit à la hauteur des attentes des Parisiens : une révolution des horaires des agents qui doivent être plus adaptés au mode de vie des Parisiens, une révolution avec la mécanisation des prestations de nettoyage – il est très clair que nos rues doivent être davantage lavées et plus régulièrement -, des moyens humains et mécaniques dédiés aux zones touristiques. Sur ce point, je réitère ma demande de disposer d’une brigade dédiée pour les secteurs Opéra, Haussmann, Drouto, qui doit devenir prochainement une zone touristique internationale.

Quand vous dites que Paris est une ville salie, vous pointez du doigt les nombreuses incivilités sur le territoire parisien. Quelque part, vous avez raison, et j’ai entendu avec beaucoup d’attention l’intervention de Frédérique CALANDRA. Les encombrements, les épanchements d’urine, les dépôts sauvages dégradent la propreté.

Je dénonce aussi le fait qu’il y ait peu d’agents verbalisateurs. Nous aussi, on travaille très étroitement avec eux, mais deux agents sur l’ensemble du 9e, c’est bien peu. Cependant, je crois que la saleté attire la saleté et je fais avec vous le pari que si l’espace public était plus souvent lavé, les habitants et les touristes feraient certainement plus attention.

Enfin, je terminerai mon propos en rendant hommage à une division propreté remarquable, inadaptée aux défis de la propreté de Paris, certes, mais impressionnante, une équipe d’encadrement déterminée et des agents de propreté motivés, soucieux de l’image qu’ils renvoient, avec un vrai sens du service public.

Je rends hommage à leur travail, qui devrait être mieux mis en valeur car les agents de la propreté se considèrent comme les laissés pour compte de l’administration parisienne alors que leur mission de service public est essentielle.

Avec des investissements et une mise en valeur du travail de nos agents – j’ai eu l’occasion d’intervenir à plusieurs reprises depuis 20 mois, ces agents sont le pivot de notre Ville -, je suis persuadée que nous pourrons parvenir à améliorer ensemble la propreté de Paris.