Débat sur la rentrée scolaire 2016 à Paris

Lors du Conseil de Paris du 26 septembre, Delphine Bürkli, Maire du 9e est intervenue lors du débat sur la rentrée scolaire 2016 à Paris.

« On a le sentiment, en cette nouvelle rentrée, que toutes les forces ont été mises en 2013 dans la bataille contre la montre pour dérouler tant bien que mal, en temps et en heure, la réforme des rythmes scolaires, mais que depuis, vous vous cherchez en quelque sorte. Autrement dit, en lisant votre communication j’ai eu l’impression de lire celle de l’année dernière, et de l’année d’avant…

Dans ce contexte qui a changé, on ne peut plus se contenter de ronronner, de répéter un modèle qui semblait fonctionner : la menace terroriste devenue permanente nous pousse à nous dépasser et à ne surtout rien considérer comme acquis. Lorsque je vous dis depuis un an qu’il y a un problème de sécurité au centre Valeyre qui accueille sur un même site aux entrées et sorties totalement imbriquées les unes aux autres, une bibliothèque, un TEP, un gymnase, une piscine, un centre d’animation et une école maternelle, je ne le fais pour m’amuser à se faire peur, mais bien parce que ce site qui a été pensé à une certaine époque de notre société n’est plus adaptée à celle que nous vivons. Vos services ne peuvent pas se contenter de me répondre : des sites comme celui-ci il y en a d’autres à Paris. Aujourd’hui un plan de sécurisation du centre Valeyre est en train d’être finalisé à l’issue de 10 mois de réunions sur place… Mais que d’énergie il a fallu décupler pour en arriver là et mettre autour d’une même table les différents services concernés.

Quand j’entends dire aussi depuis plusieurs mois, sur le terrain, par les services de la CASPE, qu’un plan PPMS intrusion est en cours de rédaction mais que je ne vois toujours rien venir, là encore non seulement je m’inquiète mais je ne comprends pas cette torpeur qui semble vous envelopper sur ce sujet.

L’innovation dans cette communication sur la rentrée scolaire, vous la placez dans des projets comme la réforme de la restauration scolaire, sujet évacué en 10 lignes. Je pense que le sujet mérite un peu plus qu’un paragraphe sur 9 pages. Il est indispensable de se fixer des objectifs toujours plus ambitieux quand c’est la santé des jeunes parisiens qui est en jeu. La réactivité des caisses des écoles au quotidien tient au fait de la maîtrise totale par elle de la gestion du personnel de production, de la conception des menus et de l’achat des matières premières. Ajouter un échelon supplémentaire ou unifier les pratiques reviendrait à mettre à mal le process. C’est la raison pour laquelle je continue de penser que ce dont les caisses des écoles parisiennes ont besoin ce n’est pas d’un établissement public, mais d’un bureau central de la restauration scolaire qui tienne la route et qui soit centre de ressources, dont expertise serait un progrès pour tous sur la dé-précarisation des personnels comme la bonne gestion des commandes. En tant que Président de la Caisse des écoles, mon objectif est de « ré-enchanter » la cantine comme lieu où l’on se nourrit certes, mais également de sociabilité par la commensalité : je vous invite à prendre ainsi connaissance de l’étude menée en ce sens par deux chercheuses du CNRS dans 2 cantines du 9e dont les préconisations de bon sens sont en cours d’application par les équipes formidables de la caisse des écoles du 9e.

Des idées pour innover, adapter notre école au 21e siècle, il n’en manque pas : j’ai recensé pas moins de 70 projets soumis actuellement au vote des Parisiens dans le cadre du budget participatif ayant trait à la vie scolaire dont rien qu’une vingtaine proposent d’équiper les écoles en tableaux numériques interactifs ! Le message est fort, on ne peut pas nier cette évolution et au-delà de la seule période de vote du budget participatif, il nous invite à financer ces nouveaux outils pour nos écoles tout en s’interrogeant sur leur utilisation notamment sur le temps périscolaire : plus que la qualité des outils c’est la qualité de l’éducation numérique qui est aujourd’hui en jeu. La question ne se pose pas en termes d’efficacité mais de réalité : l’école ne peut pas occulter ce qui fait notre quotidien. Bien sûr l’école ne doit pas devenir un cirque numérique : l’idée n’est pas de laisser en continu un élève devant un écran mais d’utiliser le numérique comme un outil au service de la relation entre l’élève et l’enseignant de manière ciblée et limitée. C’est aussi le rôle de l’école d’apprendre aux enfants les limites de l’outil numérique qui appartient inexorablement à leur quotidien.

Je précise que les 50 autres projets concernant l’école soumis au budget participatif, concernent des travaux, non pas des travaux somptuaires, mais des travaux usuels : de la rénovation d’une cour et de sols de classes, à la mise en place de toilettes, en passant par l’insonorisation de réfectoires. Des travaux d’entretien de nos écoles qui sont une des prérogatives premières d’une municipalité, des projets de travaux qui, alors qu’ils devraient relever de la politique courante de la Ville, sont mis en compétition les uns avec les autres. Pour garantir les meilleures conditions d’enseignement, il faut accentuer les efforts déjà conséquents alloués à l’entretien des équipements. Chaque maire d’arrondissement ici présent, pourra témoigner de l’étroitesse de l’enveloppe allouée par la Ville de Paris dans le cadre des IIL pour mener ces travaux face à l’immensité du patrimoine scolaire parisien.

Un autre paragraphe a retenu tout mon attention, ce sont les quelques lignes sur l’accueil des enfants porteurs de handicap : j’espère pouvoir compter sur les bonnes relations de travail que vous entretenez avec le Rectorat, ainsi que vous l’indiquez, pour que puisse voir le jour la classe de maternelle thérapeutique pour les enfants ayant des troubles du spectre autistique que je vous ai proposée dans le 9e : nous avons la structure encadrante, nous avons les locaux, il ne manque plus que l’accord du Rectorat… Il ressort, en effet, de différentes études, que les enfants autistes sont particulièrement concernés par la non-scolarisation et la difficulté pour leurs parents à trouver des structures adaptées. Le Conseil de l’Europe accuse régulièrement la France de ne pas respecter le droit des enfants autistes à être scolarisés dans des établissements ordinaires. Aujourd’hui nous avons l’opportunité d’ouvrir cette classe dans une école « ordinaire » du 9e, ne passons pas à côté.

Pour revenir sur le PEDT, parlons vrai, Madame la Maire. Nous constatons une fuite croissante des élèves soit du public vers le privé, soit de Paris vers la banlieue ou la province. La réforme des rythmes scolaires, notamment en maternelle, n’y est pas étrangère. Nous le regrettons fortement, mais c’est en se posant les bonnes questions que les familles retrouveront le chemin de l’école publique. Les bonnes questions elles ont été posées par les membres de la MIE sur le périscolaire présidée par JB Menguy et à laquelle a activement participé Gypsie Bloch, notre conseillère de Paris du 9e.

Cette MIE a adopté un certain nombre de préconisations, pour simplifier cette offre et surtout, la recentrer sur l’objectif premier : celui de favoriser les apprentissages. C’est une bonne chose. Un regret cependant : le refus total de la Mairie de Paris de réviser la répartition des horaires et des temps scolaires et périscolaires pour les élèves des écoles maternelles. J’aimerais qu’au sujet des petite et moyenne sections de maternelle, Madame, vous fassiez un peu plus preuve de pragmatique en oubliant tout dogmatisme.

Paris vous me direz est fortement tributaire de l’Éducation nationale, et on ne peut pas dire en effet que sur ce point là le quinquennat qui s’achève vous ait beaucoup aidé…

Alors comment faire en sorte qu’à la sortie du primaire tous les élèves maîtrisent les apprentissages fondamentaux ? C’est pour moi la seule question. C’est une question dont on devrait tous se saisir, comme responsables, comme élus parisiens, et quelles que soient nos sensibilités politiques, nous le devons à tous les petits Parisiens. »