Débat sur le statut de Paris

Conseil de Paris – 15 février 2016

Pour la nouvelle Maire que je suis, je dois avouer que lorsque j’entends mes collègues me parler de décentralisation de la mairie centrale vers les mairies d’arrondissement, ils me semblent parler d’un temps que les maires de moins de deux ans ne peuvent pas connaître, Paris en ce temps-là, semblait encore vouloir respecter l’issue des urnes. La seule feuille de route, le seul canevas de règles qui prévalent pour le moment et auxquels je me fie étant la charte des arrondissements de 2010, celle qui me permet notamment de mener les expérimentations qui, je m’en réjouis, sont ensuite reprises dans d’autres arrondissements. C’est d’ailleurs sur la base de cette charte qu’avec mes collègues nous avons participé pendant un an à des groupes de travail animés par M. Julliard sur les relations entre mairie centrale et mairies d’arrondissement. Un an de travaux très concrets pour déboucher sur une réformette qui relève plus d’un toilettage de la charte de 2010 que d’un vrai projet pour Paris et pour le quotidien de ses habitants.
Conseil de Paris - Lundi 15 février

En effet, depuis avril 2014, je n’ai pour ma part connu que la re-centralisation à marche forcée : projet de réforme des caisses des écoles qui vont être fusionnées dans un établissement public central, espèce de super-structure coupée des réalités du terrain, reprise en mains par l’Adjoint à la Maire de Paris au sport de l’attribution des créneaux dans les équipements sportifs d’arrondissement, réforme des centres d’animation sans consultation pour ne citer que quelques exemples… Avez-vous si peur des maires d’arrondissements, des arrondissements qui basculent d’un bord politique à un autre qu’il vous faille passer par l’éradication pure et simple de ceux qui vous posent un problème de corps non pas électoral mais électoraliste ?

Autant Bertrand Delanoë avait fait de son mandat celui de la décentralisation, notamment en accordant aux maires d’arrondissement une compétence budgétaire, autant cette mandature, s’annonce comme celle de la concentration des pouvoirs et des compétences entre les mains d’une seule personne : quelle étonnante volonté de la part de la Maire de Paris alors que depuis le 1er janvier, nous sommes entrés dans l’ère de la métropolisation de Paris.

Pour Tocqueville « la liberté est municipale » : en cette ère de la mondialisation, l’attirance prémonitoire de Tocqueville pour la décentralisation est plus pertinente que jamais.

Répondre aux besoins de proximité des habitants, qui se disent avant tout habitants d’un arrondissement plus qu’un autre, ce n’est pas leur proposer de faire partie d’un super-arrondissement qui serait géré comme une sous-préfecture, c’est-à-dire aux mains de l’administration.

Cette petite musique, qui consiste à dire ce n’est pas moi, c’est l’autre, on l’entend tout le temps et ce n’est plus possible. Ce hiatus mairie centrale / mairie d’arrondissement ne se résoudra pas par un redécoupage permettant d’égaliser le nombre d’habitants entre chaque arrondissement, mais par la remise à plat totale du statut même de Maire de Paris. C’est l’enchevêtrement des compétences aux yeux des Parisiens qui pose problème et l’absence de responsabilités claires dévolues aux maires d’arrondissement qui me semble être le vrai sujet. Avec le Grand Paris, c’est toute la politique de la ville qui doit être bouleversée, l’idée de départ étant de révolutionner le rapport de domination exercé sur les territoires de banlieue mais également sur les arrondissements par la Ville de Paris! Aujourd’hui, en lisant le vœu de l’exécutif parisien, la seule question que je me pose est, ce que, concrètement, la seule mesure nouvelle que vous proposez, à savoir la fusion de quatre arrondissements en un secteur, va apporter à une famille du 2nd ou du 4e arrondissement ?

Les mesures, que je juge homéopathiques, proposées par la Maire de Paris, pour donner davantage de pouvoirs aux arrondissements, ne masquent ni la finalité politicienne grossière de sa démarche, ni sa profonde recentralisation des pouvoirs.

Il nous faut inventer la gouvernance du 21e siècle et j’ai la conviction que les villes, les arrondissements, peuvent être le moteur et la richesse collective des pays, elles sont d’ailleurs les lieux naturels de la participation citoyenne alors que face aux grands périls de notre siècle les Etats-Nations semblent, parfois, comme paralysés et impuissants.

La « Métropolisation du Monde » que nous connaissons aujourd’hui, doit permettre de recentrer toujours plus l’échelon décisionnel au plus près des habitants, car éloigner les citoyens des lieux de décision, est une attitude dangereuse à l’heure où les Français ne supportent plus de se voir imposer des réformes dont ils ne veulent pas.

Elus d’arrondissement, nous sommes au cœur de la vie des habitants, et la meilleure réponse à la montée des extrêmes est de mener notre mission avec sérieux, professionnalisme et réalisme.

Vous dites vouloir faire une révolution législative du statut de Paris aussi forte qu’en 1977 ; mais la vraie révolution, 39 ans après, ne serait-elle pas de mettre fin au mandat du Maire de Paris au profit du Maire du Grand Paris, président de la métropole du Grand Paris, élu au suffrage universel direct ?

Aller dans le sens de l’Histoire, ce n’est pas revenir sur une plus grande décentralisation vers les arrondissements, comme l’avait initiée votre prédécesseur, mais au contraire prolonger ce mouvement et l’accompagner à l’heure du Grand Paris.

La réforme de la Maire de Paris débattue au Conseil de Paris, c’est la « montagne qui accouche d’une souris » : elle ne fait que reformuler ce qui existe déjà dans la charte de 2010, héritage de son prédécesseur, et qui surtout s’applique déjà : le co-pilotage en matière de propreté ? Oui merci, on le fait déjà… Parler avec les équipes de terrain, orienter leur travail ? Nous n’avons pas besoin d’un vœu de l’exécutif pour nous dire de le faire ! Mener des initiatives locales sur la collecte de bio-déchets, des mégots de cigarette ? Nous n’avons pas attendu 20 mois, le vœu de l’exécutif parisien, pour le faire !

Lorsque Benjamin Barber titre son dernier ouvrage « Et si les Maires gouvernaient le Monde ? » au-delà de la provocation, il y a une réalité fondamentale et indépassable : les maires, et y compris les maires d’arrondissement qui ne sont pas des « sous-maires », des maires de seconde zone, parce qu’ils ont le goût de la concertation, du travail en réseau, de la créativité, de l’innovation, du consensus, du pragmatisme , sont l’avenir de la gouvernance locale du 21e siècle, c’est cela que doit refléter l’indispensable réforme du statut de Paris, et pas autre chose.