Discours à l’occasion de la commémoration du 11 novembre 1918

Messieurs les députés, Chers représentants des associations d’anciens combattants,
Chers élus, Cher Jacques Bravo, Chers élèves du collège Jules Ferry,
Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux sans qui nos cérémonies ne seraient pas les mêmes, un grand merci à vous.
Mesdames et Messieurs,

Hier à Hartmannswillerkopf en Alsace, aux côtés du Président allemand, le Président de la République, Emmanuel Macron a inauguré le premier historial franco-allemand de la Grande Guerre, symbole d’une mémoire commune, d’une mémoire pour une seule histoire.

Après les images du Président Mitterrand et du Chancelier Helmut Kohl, se tenant par la main devant l’ossuaire de Douaumont, avec en arrière-plan une mer de croix blanches à perte de vue, la rencontre d’hier et cette longue accolade entre les deux présidents est un hommage à l’œuvre du chancelier Adenauer et du général de Gaulle et témoigne de la volonté de réconciliation renouvelée des dirigeants français et allemand sur les lieux même d’une autre tragédie, emblématique des déchirements franco-allemands du siècle passé. Œuvre qu’inlassablement tous les présidents de la Ve République ont poursuivie avec force et courage.

Car l’amitié franco-allemande n’allait pas de soi. Sur les décombres d’une terrible histoire faite de trois guerres en moins d’un siècle, des charniers de 14-18 à Oradour sur Glane, cette amitié s’est construite par la volonté des dirigeants, mais par celle, aussi des peuples. Du peuple français avec des militants de la paix, comme Monnet, Schumann et du peuple allemand pour qui il a fallu faire à la fois un travail de deuil, d’examen de conscience collective et de reconstruction autour des valeurs de responsabilité et de démocratie. Ce travail sur ce passé, le peuple allemand n’a cessé de le faire depuis 1945 et continue de le faire, génération après génération, comme aucun autre peuple en Europe n’a eu le courage de le faire. C’est cette prise de conscience, dans les profondeurs du peuple allemand, qui a tissé entre nos deux pays les liens que l’oubli ou l’ignorance n’aurait, sans cela, jamais permis de nouer.

Cette semaine, Mesdames et Messieurs, est celle de la commémoration.

Des cérémonies, comme celle de ce matin, en présence, et c’est tellement important, de jeunes, artisans de la paix qui portent l’espoir, et l’avenir de notre pays, constituent pour moi des moments de réflexion bienvenus qui doivent nous servir à mettre en perspective les grandes dates du passé pour mieux éclairer notre avenir commun.

9 novembre : commémoration de la chute du mur de Berlin et de celle des régimes communistes dans tous les pays d’Europe centrale et orientale. Une date qui symbolise la réunification de l’Europe avec l’intégration des anciens pays satellites de l’URSS dans la grande famille européenne au terme d’un long processus d’élargissement aujourd’hui enfin achevé.

11 novembre : commémoration du 99e anniversaire de la fin du premier conflit mondial, cicatrice indélébile dans l’histoire de l’Europe. Ce devoir de mémoire s’impose à nous comme un impératif indispensable : celui de transmettre aux générations futures, afin de ne pas oublier les souffrances, du million de jeunes gens qui ont perdu la vie, des centaines de milliers de blessés qui ont souffert dans leur chair, des 60 millions de morts qui se sont ajoutés au terrible bilan du second conflit mondial. Ne jamais oublier, non plus, pour éviter la répétition des erreurs et des fautes du passé. Ne jamais oublier, enfin parce que nous sommes dans un temps de doute et d’incertitudes pour l’Europe, face aux grands défis du 21e siècle, le climat, un enjeu pour l’humanité, puisqu’il s’agit de sauver la planète, la mondialisation, les migrations, les convulsions du monde musulman et la menace du terrorisme islamiste.

13 novembre : commémoration des attentats terroristes islamistes qui ont endeuillé Paris, après les attentats de Toulouse, de Charlie et de l’Hypercasher. Aujourd’hui, la situation que nous subissons face à l’islamisme radical n’ont rien de commun avec la boucherie des tranchés ou la déportation de millions de femmes et d’hommes innocents. Oui ce n’est pas comparable, et pourtant nous sommes bien en guerre. Une autre guerre, d’un autre temps, une guerre qui a commencé le 11 septembre 2001, c’est à dire à l’orée du 21e siècle. Une guerre idéologique, de tranchée pour défendre nos valeurs de liberté, d’égalité homme-femme face à l’obscurantisme. Aujourd’hui, les terroristes ont compris qu’il suffisait de frapper des symboles pour ébranler nos démocraties, comme la presse, les lieux festifs, nos militaires et forces de police. C’est la guerre de l’image, celle du 2.0, une guerre d’influence qui tue en Occident mais aussi à Mossoul, à Raqqah. Dans ce contexte de tensions extrêmes, l’Europe aujourd’hui doit faire preuve d’unité et le couple franco-allemand en être le moteur.

Et ici, dans notre pays, c’est vous qui faites vivre et rayonner les valeurs de la France, celles de la République, une et indivisible. D’une France aujourd’hui incarnée par l’écrivain Leila Slimani, une personnalité de notre arrondissement et qui cette semaine est devenue notre nouvelle ambassadrice de la francophonie.

A la Mairie du 9e arrondissement, avec l’attention bienveillante d’Alexis, continuera à prendre toute sa part dans ces commémorations : nous accueillerons le 20 novembre Marthe Cohn, grande résistante et espionne française en Allemagne nazie, qui viendra rencontrer 200 jeunes collégiens du 9e et en janvier nous présenterons avec le journaliste Alberto Toscano une très belle exposition de la presse française et européenne de 1918.

Il y a dix ans disparaissait le dernier combattant allemand de la Grande Guerre, Erich Kästner suivi de peu par le dernier poilu, Lazare Ponticelli. Pour honorer leur mémoire, vivons cette journée du 11 novembre comme celle de « l’Europe réconciliée», à l’image de ces soldats français et allemands qui reposent désormais définitivement en paix et ensemble à la frontière de nos deux pays.

Vive la République, et vive la France !