Discours de Delphine Bürkli à l’occasion de la cérémonie du 11 novembre

Cérémonie du 11 novembre 2014 - Mairie du 9e

Le discours de Delphine Bürkli à l’occasion de la cérémonie du 11 novembre 2014 à 11h30 à la mairie du 9e.

« Chers représentants des associations d’anciens combattants,
Chers élus, chers Collègues,
Mesdames et messieurs les Proviseurs et Principaux,
Chers élèves,
Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis ce matin pour rendre un hommage appuyé aux hommes et aux femmes, tombés au champ d’honneur entre 1914 et 1918 et qui ont sacrifié leurs « 20 ans » pour que nous soyons libres aujourd’hui. C’était il y a 100 ans, un siècle, mais les images demeurent omniprésentes.
Avec la 1ère guerre mondiale, la France, l’Europe ont basculé dans un autre monde dont l’héritage est encore vivace, ce monde ne s’est finalement jamais remis des atrocités des deux conflits mondiaux du 20e siècle.
65 millions d’hommes mobilisés. Des destins brisés: 8 millions et demi de morts. 21 millions de blessés, 4 millions de veuves, 8 millions d’orphelins. Voilà ce que fut le bilan de cette guerre abominable.
La fin de cette guerre fut proclamée le 11 novembre 1918, à 5 h 15. Les généraux allemands et alliés signaient l’armistice dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne. A 11h11 du matin, la 11e heure du 11e jour du 11e mois de l’année 1918, le cessez-le-feu était effectif et la France pouvait célébrer la victoire. Partout, les clairons retentirent et les cloches des églises se mirent à sonner. Cinq années de guerre totale prenaient fin. Jamais on ne vit une Nation communier tout entière dans une aussi grande ferveur.

Mais cette immense joie était mêlée d’un profond sentiment de deuil et de tristesse. La France pleurait ses morts et accueillait 4 millions de blessés et d’invalides. 1 400 000 soldats étaient tombés au front. 300 000 civils avaient succombé. Nul ne fut épargné : aucune famille, aucun village, aucune ville.

C’est toute la force des Monuments aux Morts : ils nous rappellent l’héroïsme et la victoire, tout en égrenant des noms, 2700 dans le 9e pour la seule Première Guerre Mondiale, qui ont souffert et connu la mort. Trop souvent, les monuments aux morts se trouvent dans un environnement d’indifférence. Nous devons leur rendre toute l’attention qu’ils méritent pour ne pas oublier l’horreur de la guerre, pour que le passant ne les regarde plus jamais de la même façon. Cette ambivalence, nous la sentons devant chaque Monument, celui de la Mairie comme celui de la station de métro Richelieu-Drouot toute proche, et elle nous interroge.
Ces monuments nous invitent au contraire à prendre la mesure, au quotidien, de la chance que nous avons de vivre libres dans un pays en paix au milieu d’un monde tourmenté par de terribles conflits. Je pense aux terrains d’opération en Afrique, au Moyen-Orient, où nos soldats défendent, au péril de leur vie, nos valeurs, nos libertés, la démocratie.

Tout au long du 20e siècle, il n’y a pas eu de Nations dans le monde qui se soient autant affrontées que la France et l’Allemagne. Depuis, le chemin parcouru après la Seconde Guerre mondiale a été immense. Et nous avons tous vibrés dimanche dernier à l’unisson du peuple allemand qui célébrait le 25ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, un anniversaire commémoré dimanche soir à l’église protestante de la rue Blanche lors d’un concert des élèves des conservatoires des 9e et 15e arrondissements. Tout cela a été rendu possible, grâce à l’œuvre des pères de la réconciliation franco-allemande : Robert Schuman, le chancelier Adenauer et le général de Gaulle. Il n’y a pas aujourd’hui dans le monde d’autres Nations que la France et l’Allemagne qui soient animées par un désir aussi intense de poursuivre la construction d’un avenir commun. Cette dynamique de paix, de prospérité partagée et de fraternité n’est sans doute possible que parce que nous nous sommes tant affrontés, trop affrontés. Nous avons su tirer les leçons du passé. Il nous faut continuer.
André Malraux a donné, me semble-t-il, le sens et la portée de toute commémoration lorsqu’il affirmait : « Sachons-nous unis par un avenir fraternel plus encore que par un passé commun ».
C’est ce devoir de transmission d’un passé commun pour un avenir fraternel que je m’engage à mettre en œuvre, en tant que Maire de cet arrondissement. Dans le 9e, je ne conçois pas la Mémoire comme un sujet à part mais comme un thème transversal qui irradie toute notre action, toute notre politique. Le 9e a une histoire particulière, compte-tenu notamment de l’implantation ancienne des populations juives et arméniennes. Et permettez-moi de saluer les descendants du Grand Rabbin Abraham Bloch, habitants du 9e, présents ce matin à nos côtés. Abraham Bloch était aumônier israélite et infirmier volontaire. Le 29 août 1914, au col d’Anozel, sur le front des Vosges, il est tué par un éclat d’obus en portant un crucifix à un soldat chrétien agonisant. Cet acte héroïque, cet acte d’amour, cette mort exemplaire, vont faire de lui un symbole de l’Union sacrée de tous les Français face à la menace allemande.

Avec Alexis Govciyan, mon Premier Adjoint, nous travaillons sans relâche pour la perpétuation du souvenir. Parmi les différentes actions que nous menons ensemble, nous avons chargé une jeune historienne d’établir la biographie de chacun des 2700 habitants du 9e morts pour la France pendant la Grande Guerre. Nous allons ainsi dans quelques mois avoir le récit de 2700 vies, parcours, itinéraires, racontés, scientifiquement. Ils vivaient où vous vivez aujourd’hui, ils ont vu la Cour de la Mairie où nous sommes aujourd’hui, certains s’y sont mariés, certains y ont déclaré la naissance de leurs enfants. Ils ont vécu, ici, comme nous. Et, c’est cette histoire que nous voulons transmettre. Parce que nous voulons que la Mémoire soit portée, non pas seulement par ceux qui l’ont vécue, mais aussi par ceux qui l’ont lue ou entendue.

De la même façon, avec Gypsie Bloch, notre Conseillère de Paris en charge des affaires scolaires, et Adeline Guillemain, Adjointe en charge de la jeunesse, nous associons les enfants et les élèves au travail de mémoire. Hier encore, j’étais au Lycée Condorcet, aux côtés de Mme le Proviseur, Christiane Borredon, pour évoquer, avec les élèves, la guerre 14-18 et inaugurer une formidable exposition dans ce lycée intitulée « de boue et de larmes ». Aujourd’hui, ce sont aussi des Lycéens et collégiens de Jules Ferry, de Gauguin et de Lamartine qui sont présents parmi nous.

Avec Isabelle Vught, qui est en charge de la vie associative dans le 9e, nous veillons aussi à soutenir les associations d’anciens combattants. J’en profite pour saluer à nouveau les anciens combattants et notamment le Président Denis Saulou et l’Union Nationale des Combattants qui inaugurent aujourd’hui leur nouveau drapeau.

Avec Claire Gannet, mon Adjointe à la Culture, nous travaillons aussi à ce que la Mémoire vive. Nous avons par exemple lancé un vaste travail de recherche pour organiser une exposition autour de Louis Piston, photographe officiel de l’Elysée de l’époque qui a vécu dans le 9e, et qui a pris Paris en photos pendant la guerre. C’est un fonds photographique inédit et nous voulons que, par la beauté de la photographie, la Mémoire demeure.

Je pourrais détailler d’autres actions, mais voilà ce qu’est la politique mémorielle dans le 9e arrondissement : la Mémoire pour tous et par tous.
Vous le savez, l’année 2015 aura une haute portée symbolique en termes de commémorations avec le centenaire du génocide arménien, la fin de la seconde guerre mondiale, la fin de l’horreur absolue de la Shoah.
Pour cette année de la Mémoire, le 9e bénéficiera d’un statut particulier à Paris et sera à la tête du comité de pilotage parisien pour mettre en œuvre un programme de cérémonies et de commémorations tout au long de l’année et particulier en direction de nos plus jeunes concitoyens
L’histoire est complexe parce qu’elle touche à l’humain. Pour que l’histoire ne soit pas qu’une résurrection comme disait Michelet, ayons à l’esprit ces leçons du passé, ces parcours glorieux et exemplaires qui, dans l’épreuve, n’ont jamais flanché.
Comme le disait Jean Jaurès, « maintenir la tradition, c’est garder la flamme, non les cendres ». Dans le 9e arrondissement et à Paris, nous devons travailler ensemble pour garder la Flamme et pour que le « plus jamais ça » puisse avoir un sens partagé et approprié par tous, un sens véritablement républicain.
Face à la montée des intolérances, la multiplication des actes racistes et antisémites en France, la menace terroriste qui est réelle, les défis sont absolument majeurs et nous devons, au-delà des clivages politiques traditionnels, mettre toutes nos forces pour combattre la haine de l’autre.
Je terminerai, comme je l’ai fait hier devant les élèves du Lycée Condorcet, en citant les paroles du dernier vétéran alsacien de l’armée impériale de Guillaume II, Charles Kuentz, qui nous invite d’une belle manière à rester vigilants : «Aux générations futures je dirais : Soyez les messagers de la paix … Soyez les passeurs de la mémoire de la Grande Guerre, car cette tragédie ne devra jamais être oubliée. Sinon elle risque de recommencer»
C’est en célébrant notre passé commun que nous serons unis pour un avenir fraternel.
Vive la république, vive la France.
Ecoutons maintenant ensemble l’interprétation par le Chœur Vercken, que je remercie très chaleureusement, du chant « au nom des enfants ».

Je vous remercie. »

Publié dans Actualités, Paris 9e
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris