Discours de Delphine Bürkli pour le 70e anniversaire de la Libération de Paris

Lundi 25 août 2014 – Mairie du 9e

Je voudrais tout d’abord remercier très chaleureusement Madame Rose de Beaufort d’Estienne d’Orves, vous remercier chère Madame, pour votre participation et pour le formidable travail de mémoire que vous accomplissez. J’ai tenu à ce que deux des lettres d’adieux de votre père Honoré d’Estienne d’Orves soient lues aujourd’hui, le jour même où nous commémorons ensemble le 70e anniversaire de la libération de Paris, parce que je crois en la force de son exemple.

Honoré d’Estienne d’Orves, Compagnon de la Libération, reste pour nous un exemple. Ses compagnons, les résistants mais aussi son aumônier allemand, ses bourreaux et les plus hautes autorités de Vichy… Tous ceux qui l’ont côtoyé ont salué sa hauteur morale.

L’écrivain allemand Ernst Jünger a écrit : « J’ai lu cet après midi les lettres d’adieu du comte d’Estienne d’Orves, fusillé après jugement du tribunal militaire. Elles constituent une lecture de haute valeur ; j’avais le sentiment de tenir entre mes mains un document qui demeurera. ».

Oui, ces documents ont demeuré. Plus de soixante-dix ans après, ils sont toujours lus et toujours aussi inspirants.

Il y a soixante-dix ans, jour pour jour, Paris est libérée.

Dès le 19 août 1944, la résistance parisienne, pauvrement équipée mais enthousiaste, lance les premières offensives. L’occupant se trouve alors en position délicate, une division SS est même appelée à Paris en renfort.

Notre arrondissement est alors au cœur de la bataille de Paris. Il faudrait évoquer tous ces combats dans le 9e et ses alentours,autour de Notre Dame de Lorette, de la place de la Concorde, de la rue de Rivoli, autour de la Place St Augustin, sur le boulevard Haussmann, près de la place St Georges, et naturellement Place de l’Opéra,à proximité de la Kommandantur. Le 9e a été en première ligne de la Libération de Paris parce qu’il est l’arrondissement de la liberté.

Oui, nous avons été et nous demeurons l’arrondissement de la liberté. Partout dans notre arrondissement, la liberté nous inspire. Nous sommes l’arrondissement de la liberté de la presse, celle qui est menacée avec barbarie à travers le monde. Nous sommes l’arrondissement de la liberté de créer, à travers les entreprises les plus innovantes qui ont leur siège dans le 9e comme dans nos nombreux théâtres. Nous sommes l’arrondissement de la liberté de culte, celle-là même qui fut déniée à tant de nos compatriotes avant ce 25 août 1944.

Alors, la 2e DB entre dans Paris par la porte d’Orléans le 24 août 1944. Le 25 août 1944, Paris est entièrement libérée.

Le Président de la République retracera ce soir à l’Hôtel de Ville l’histoire de cette glorieuse bataille et donnera à ce récit national, à travers sa présence, un écho républicain à l’échelle de la nation toute entière.

Paris fut ainsi libéré dans un formidable élan de fraternité, de fierté et d’enthousiasme. Le 25 août à l’Hôtel de Ville, Charles de Gaulle appelle à l’unité nationale. Dans son remarquable discours, il y
avait certes l’exaltation de la libération, mais il y avait aussi la volonté de réaffirmer pleinement et entièrement l’unité des Français et des territoires, et donc la République.

La liberté retrouvée pour une partie du territoire, l’égalité entre les Français de toutes les confessions, la fraternité entre les Français et l’unité de la France, c’est aussi cela, Paris le 25 août 1944.

Cet élan ne s’éteignit pas à Paris après le passage de la 2e DB. Il se poursuivit et notamment dans cette petite ville de Normandie, que certains d’entre vous connaissent sûrement, du nom de Falaise.

C’est dans cette ville et dans ses alentours que l’on appelle la « Poche de Falaise » que s’est déroulé l’un des plus durs combats de Normandie. 350.000 Alliés contre 150.000 Allemands s’y sont affrontés, occasionnant plus de 130.000 pertes des deux côtés dans cette seule bataille.

Aujourd’hui, à Falaise, dans cette ville d’un peu moins de 10 000 habitants, à côté du boulevard de la Libération, de la rue du 8 mai 1945 et de l’avenue du Général de Gaulle, il y a une rue qui a pour nom : rue du 9e arrondissement de Paris.

Cette rue a ainsi été baptisée en l’honneur du 9e arrondissement qui a contribué activement à la reconstruction de cette ville. Je veux saluer ainsi mon prédécesseur, le Maire Paul Galland et tous les habitants du 9e qui ont participé à cette reconstruction.

Voilà aussi ce que fut la Libération. Dans le Paris à peine libéré, les habitants du 9e arrondissement aidaient à la reconstruction d’une petite ville normande martyrisée. La France redevenait peu à peu une et indivisible, comme le serment de 1792 nous y engageait. Notre arrondissement a été généreux et exemplaire, nous devons ne pas l’oublier et en être fiers .

Les Alliés ont défendu Falaise, les Parisiens ont aidé à la reconstruction de Falaise. Les Parisiens ont défendu Paris, les Alliés ont aidé à la reconstruction de la France.

La fraternité a rapproché les peuples libres. C’est ainsi que des millions d’hommes et de femmes libres se sont aidés dans la douleur de la guerre comme dans l’effort de reconstruction.

C’est grâce à cette fraternité, au-delà même des attaches politiques, que la France a pu renaître. C’est cette fraternité que nous commémorons aujourd’hui.

Malraux a donné, me semble-t-il, le sens et la portée de toute commémoration : « Sachons-nous unis par un avenir fraternel plus encore que par un passé commun ».

C’est cette transmission d’un passé commun pour un avenir fraternel que je tiens à mettre en œuvre, avec mon premier adjoint, Alexis Govciyan, à travers les commémorations biensûr, mais aussi à travers l’organisation de conférences et expositions, comme celles que nous avons accueillies ici même au printemps en partenariat avec le Musée de l’ordre de la Libération, ou place de l’Opéra le 14 juillet dernier avec les marins de la frégatte Guépratte et les militaires de la Légion étrangère.

Ce travail de mémoire va se poursuivre et s’amplifier en 2015 puisque nous avons obtenu de la Maire de Paris que le 9e arrondissement, compte tenu de son histoire et de l’implantation ancienne des populations arméniennes et juives, qui font l’identité de nos quartiers, soit l’arrondissement de la mémoire. Vous le savez, l’année 2015 aura une haute portée symbolique en termes de commémorations. Je pense au centenaire du génocide arménien, je pense à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, je pense à la fin de l’horreur absolue de la Shoah.

Pour cette année de la Mémoire, le 9e bénéficiera donc d’un statut particulier et sera ainsi à la tête d’un comité de pilotage avec l’ensemble des organisations et forces vives concernées pour mettre en œuvre
un programme de cérémonies et de commémorations sur l’ensemble de l’année en particulier en direction des plus jeunes.

Voilà, il y a 70 ans, le 9e était aux avant-postes de la bataille de la liberté. Le 9e a été exemplaire dans la guerre, comme dans la reconstruction. Et, 70 ans plus tard, lorsque des doutes fissurent la Nation et qu’il manque le sens d’un avenir commun, il nous faut revenir aux fondamentaux, ceux de notre République. Relevons la tête et regardons fièrement notre devise présente au fronton de nos mairies et de nos écoles, voilà notre horizon, voilà notre avenir.

Vive la République et vive la France !

Publié dans Actualités
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris