Inauguration de la plaque Adolphe Sax

Inauguration de la plaque Adolphe Sax - Vendredi 21 novembre 2014 - 50, rue Saint-Georges à Paris 9e

Vendredi 21 novembre 2014 – 50, rue Saint-Georges à Paris 9e

« Je suis très heureuse d’être parmi vous ce matin pour inaugurer cette belle plaque en l’honneur d’Adolphe Sax, né le 6 novembre 1814 à Dinant (Belgique) et décédé le 7 février 1894 à son dernier domicile du 16 rue Frochot (Paris 9e). Il fut un homme de génie et de talent. Musicien et facteur d’instruments de musique, il est surtout connu pour avoir inventé le saxophone. Ici, il y a eu la manufacture de Sax avec jusqu’à 200 employés et 45 000 instruments de musique de produits.
Voici la plaque !

Un grand merci à la Maison Selmer pour cette belle réalisation, dans une matière, le letton, que vous commencez à bien manier … depuis 1885 !

Je ne pouvais pas ne pas inaugurer une plaque en l’honneur de cet immense inventeur qu’était Adolphe Sax. Certes de nationalité belge (!), mais permettez-moi de penser, Monsieur le Bourgmestre de Dinant, Cher Richard, qu’il incarnait merveilleusement bien notre arrondissement : il a été l’innovation et la culture.

L’innovation, Sax l’a incarnée, dans ce qu’elle a même de loufoque, d’insolent, mais aussi de difficile. La culture, dans ce qu’elle a de figurative, mais aussi de fertile.

Sax était un provocateur, un homme fantasque et, sans doute, insaisissable. Il a passé sa vie à innover, et donc – car c’est le lot de ceux qui cassent les codes – à entendre les sceptiques et les timorés lui expliquer avec acharnement que les choses étaient ainsi et qu’elles n’allaient pas changer.

Il les a changées.
Il a révolutionné la clarinette, le cor, le tuba.
Il a inventé le saxophone et le saxhorn.
Il a accompagné Ambroise Thomas, Berlioz, Wagner, qui ont tant marqué de leurs empreintes notre arrondissement !
Il a révolutionné la musique militaire de son vivant, puis l’orchestre symphonique et, enfin, la musique dans son ensemble, avec le jazz.

En l’espace d’une vie, l’histoire de la musique, qui se concentrait sur les 17e et 18e siècle, a avancé d’une manière fulgurante grâce à Sax. C’est le seul homme après la Renaissance à avoir inventé de toute pièce un instrument d’une telle ampleur et à avoir suscité l’apparition d’un genre si important, le jazz et tout ce qui en suivit.

Avec le piano et le violon, le saxophone est en effet un des plus fidèles interprètes de l’âme humaine. Il est la musique, ce « bruit qui pense » cher à Victor Hugo.

Adolphe Sax a donc été un des géants de la musique et c’est pour cela que nous devions lui rendre hommage.

Il faut croire que le génie appelle le génie. Comment ne pas penser aux immenses compositeurs, comme Berlioz, qui ont suivi Sax ? Ce matin, j’ai aussi une affection particulière pour un artiste, une femme, qui a énormément contribué à l’aventure du saxophone. Il s’agit de Elise Hall, née Elise Boyer, américaine d’origine française, qui débuta le saxophone sur recommandation médicale : après une maladie qui la rendit pratiquement sourde, son mari, médecin, lui préconisa d’apprendre à jouer d’un instrument à vent et choisit le saxophone. Elle devint une des premières femmes saxophonistes et connut un grand succès aux Etats-Unis et en Europe. Une première !

Puis, viendra la Première Guerre Mondiale, avec ses soldats américains qui, pour le prix du métal au kilo, ramenèrent des saxophones d’Europe. Certains historiens du jazz y voient le véritable acte de naissance du jazz. Le saxophone qui existait surtout aux Etats-Unis pour défiler, comme les clarinettes, les trombones, les trompettes, deviendra soliste parce que des ex-soldats mélancoliques le pratiqueront dorénavant seul avec leur exemplaire ramené d’Europe… Le saxophone s’invita dans les foyers, plus seulement dans les cérémonies et les concerts classiques.

C’est donc un fabuleux itinéraire qui a commencé, ici, dans cet immeuble du 50, rue Saint-Georges, à l’histoire si particulière, dans le 9e. Il faut imaginer les promenades de Berlioz et de Sax dans le quartier. Quelle fabuleuse effervescence intellectuelle !

Nous en sommes fiers.
Nous sommes aussi fiers de la si profonde amitié qui nous lie avec nos amis Belges. Adolphe Sax en est le symbole.

Nous sommes fiers de cette histoire, de ce patrimoine. Et c’est parce que nous en sommes fiers que nous le célébrons, non pour le contempler passivement, mais pour l’actionner, le transmettre, s’en enrichir, l’interroger. Je salue et remercie Michel Maunas, Directeur du Conservatoire du 9e et l’ensemble de ses élèves qui perpétuent le génie de Sax. Monsieur Sax, la flamme est transmise !

Merci aux habitants de l’immeuble, également. Merci au Théâtre de l’Antre Magique. Vous entretenez la flamme de la culture et de l’innovation, ici !

Merci à tous !