Inauguration du mur du souvenir au siège du Grand orient

Inauguration du mur du souvenir au siège du Grand orient

Hier, j’inaugurais le mur du souvenir au siège du Grand Orient avec le ministre des anciens combattants et Alexis Govciyan.

Je suis très heureuse et honorée, cher Daniel Keller, d’être parmi vous ce matin, pour un moment important pour l’inauguration du Mur du Souvenir dédié à la mémoire des 500 francs-maçons du Grand Orient de France, victimes de la barbarie nazie et du régime pétainiste.

Je vous remercie de m’avoir conviée à cet événement qui intervient à l’occasion du 2e Forum des Obédiences maçonniques libérales et adogmatiques européennes.

En tant que Maire du 9e arrondissement de Paris, je mesure le privilège d’abriter le Grand Orient de France, première obédience en France, ici, au 16 rue Cadet. Dans ce quartier historique, un quartier de mémoire et de brassages de cultures, vous êtes une institution centrale, vous faites partie de notre patrimoine. Vous lui donnez vie et le rendez vivant au quotidien.


Je suis heureuse qu’en cette année de la mémoire dans notre arrondissement, parmi les expositions, conférences, représentations théâtrales et autres événements que nous avons mis en place avec mon 1er adjoint, Alexis Govcyan dans le cadre de la programmation Mémoire Paris Neuf, nous ayons également à inaugurer ce Mur dédié à la mémoire des francs-maçons. Un mur non pas pour séparer les uns et les autres mais pour mieux s’élever, pour mieux dénoncer cette barbarie et confirmer sans relâche que la paix du 8 mai 1945, qui a enfanté l’Europe du 9 mai, représente notre bien commun. Un miracle historique au regard des siècles de violences et de guerres qui ont précédés.

Et c’est justement aujourd’hui, à la date symbolique du 9 mai que vous avez choisie de nous réunir pour cette cérémonie. A l’occasion de la journée de l’Europe, pour célébrer 70 ans de paix sur notre continent, qui repose avant tout sur l’amitié franco-allemande.

Dans un monde – et chacun d’entre nous le perçoit – où la paix reste fragile et face aux défis majeurs que connait la société française aujourd’hui, les valeurs de l’Europe doivent être sans cesse répéter : respect de la dignité humaine, démocratie, état de droit, tolérance, justice, solidarité, égalité entre hommes et femmes, quelque soient leurs opinions, leurs origines ou leurs convictions religieuses ou philosophiques.

Je sais que s’agissant de vous-même, cher Grand Maître, et de vous tous ici présents, ces valeurs sont les vôtres, que la République et le devenir de la cité sont au cœur de vos préoccupations. Liberté, égalité, fraternité et laïcité représentent ces fondamentaux que nous partageons, que nous avons à coeur de défendre et de promouvoir, notamment auprès des plus jeunes générations. Le respect des autres, le respect de l’individu, la liberté de conscience sont aussi éminemment importants pour la construction d’une citoyenneté totalement tournée vers ces valeurs et je sais que là encore, vous êtes aux avant-postes.

Le 20e siècle a été celui des génocides, de l’innommable, de l’indescriptible tellement la barbarie a excellé dans la sophistication meurtrière. Une violence inédite parce qu’enracinée dans les extrémismes et les idéologies les plus néfastes. 2015 commémore le centenaire du génocide des Arméniens, les 70 ans de la fin de la Shoah et de la seconde guerre mondiale. Ce sont aussi les 40 ans du génocide des Cambodgiens et celui, certes, plus récent des Tutsis au Rwanda. A travers le monde, à des périodes différentes du siècle passé, des hommes ont exterminé d’autres hommes innocents.
Parmi ces victimes, il y avait naturellement des francs-maçons, dont vous êtes aujourd’hui les dignes héritiers.

Ils l’ont été par milliers, à travers toute l’Europe, par le simple fait de leur appartenance maçonnique, victimes de la barbarie nazie comme ces 500 hommes du Grand Orient, qui ont perdu la vie et dont nous honorons la mémoire ce matin. « Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Visshnou, d’autres ne priaient jamais mais qu’importe le ciel » chantait Jean Ferrat. Ils ont été poursuivis, torturés, massacrés parce qu’ils se retrouver au sein de vos obédiences, quelque soit leurs origines, leur croyance ou non croyance, leurs idées politiques.

A travers les siècles, la franc-maçonnerie a toujours payé un lourd tribut chaque fois que nos sociétés ont subi le totalitarisme et la barbarie qui est son corollaire, parce que vos valeurs, vos engagements et votre travail au coeur de la cité ne convenaient pas à ceux qui veulent anéantir, opprimer, faire taire tous ceux qui portent haut et fort des idéaux empreints d’humanisme.

Alors, l’enjeu est vital. C’est le sens de cette cérémonie, pour que nous n’oublions pas et que le souvenir nous oblige. Regarder son passé bien en face et ne rien occulter, confirmer, à l’instar du Président Chirac dans son magnifique discours du Vel d’Hiv, que le déni est contre-productif.
Pour connaitre, reconnaitre, pour se recueillir mais aussi pour vivre le présent et préparer l’avenir. En fait pour remplir notre devoir de citoyen et de mémoire.

Le devoir de mémoire, le devoir d’histoire, c’est une exigence morale, qui doit servir d’exemple dans ce qui touche aux valeurs, qui donnent un sens à la vie.

Devoir de mémoire, devoir d’histoire mais aussi et surtout devoir de transmission car transmettre c’est aussi opposer les leçons de l’histoire aux dérives des temps présents, c’est aussi innover, présenter sous un jour nouveau, rendre plus intelligible, plus sensible, plus incarné ce travail de mémoire, comme vous le faites ce matin avec l’inauguration de ce mur du souvenir.

Vous partagez la mémoire sans pour autant ignorer les spécificités ou les banaliser.

Vous appelez à la vigilance, car hélas, les fléaux du racisme, de l’antisémitisme, du négationnisme sont encore et toujours de mise, sur notre continent et dans notre pays.

Et puis, à travers votre démarche, vous parlez aussi d’espérance, de courage et de volonté. Pour construire une paix durable entre les hommes et les femmes.

Pour terminer, je citerai un court extrait du texte de Micheline Maurel déportée à Ravensbrück, un texte qui a été lu hier matin dans notre Mairie à l’occasion de la cérémonie du 8 mai par un jeune collégien du 9e arrondissement.

«Il faudra que je me souvienne,
Plus tard, de ces horribles temps,
Froidement, gravement, sans haine,
Mais avec franchise pourtant.»

C’est ce message de vigilance, mais aussi d’universalité et de fraternité que nous portons ensemble dans cet arrondissement, et au-delà. Ne nous croyons jamais épargnés, protégés ou lointains de ces tragédies. Car la haine n’est jamais rassasiée, elle ne connait pas de limites. Encore récemment à Paris, Tunis, Bruxelles, Copenhague, au Moyen-Orient.

Puisse votre engagement inlassable pour les valeurs de la République et notre travail commun, contribuer à combattre efficacement le racisme, l’antisémitisme, le négationnisme, la haine de l’autre et promouvoir durablement la paix.

Inauguration du mur du souvenir au siège du Grand orient

Inauguration du mur du souvenir au siège du Grand orient

Avec Jean-Marc Todeschini, Ministre des anciens combattants, Daniel Keller, Grand Maître du Grand Orient de France, Monsieur Benichou, rescapé de Ravensbrück

Inauguration du mur du souvenir au siège du Grand orient

Inauguration du mur du souvenir au siège du Grand orient

Publié dans Actualités, Culture, Paris 9e
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris