Intervention de Delphine Bürkli à la Synagogue de la Victoire

A la Synagogue de la Victoire aux côtés du Grand Rabbin Haïm Korsia et Alexis Govciyan

Delphine Bürkli est intervenu le dimanche 9 novembre matin à la Synagogue de la Victoire aux côtés du Grand Rabbin Haïm Korsia et Alexis Govciyan. Une belle et émouvante cérémonie en présence de nombreux enfants du 9e arrondissement.

« C’est avec beaucoup d’émotion que je prends la parole pour la première fois devant vous, en tant que Maire du 9e arrondissement, dans cette si belle et impressionnante Grande Synagogue de la Victoire.

Avec la 1e guerre mondiale, la France, l’Europe ont basculé dans un autre monde dont l’héritage est aujourd’hui encore vivace. Ce monde d’aujourd’hui ne s’est finalement jamais remis des atrocités des deux conflits mondiaux du 20e siècle.

65 millions d’hommes mobilisés. Des destins brisés: 8 millions et demi de morts. 21 millions de blessés, 4 millions de veuves, 8 millions d’orphelins. Voilà ce que fut le bilan de cette guerre abominable.

Parmi eux, plus de 1,5 million de juifs mobilisés dont 500.000 russes et 36.000 combattants juifs français sur 180.000 âmes juives de France et d’Algérie. Originaires des empires russe et ottoman, 8.500 juifs étrangers s’engagent aussi dans l’armée française.

Ces juifs français ont, Monsieur le Gd Rabbin de France, Monsieur le Rabbin, et vous tous chers Amis, ils ont tous incarné la belle devise du Consistoire : « Religion et Patrie ». Ou encore, comme le disait l’écrivain polonais Kadmi Cohen, qui s’engagea dans la légion étrangère dès août 1914 par amour de la France : « Français sans restriction, Juifs sans honte ».

Permettez-moi d’avoir une pensée ce matin pour ces plus de 2.000 habitants du 9e arrondissement, tombés au champ d’honneur en 1914 et 1918, Felix Cohen, Aaron Meerovitch, Nathan Posner, Benjamin Benaben, et tant d’autres qui ont sacrifié leurs 20 ans pour que nous soyons libres aujourd’hui.

Une pensée respectueuse et admirative également pour le Gd Rabbin Abraham Bloch, aumônier israélite et infirmier brancardier volontaire. Le 29 août 1914, au col d’Anozel, sur le front des Vosges, Abraham Bloch est tué sur le front par un éclat d’obus en portant un crucifix à un soldat chrétien agonisant.

Cet acte héroïque, cette mort exemplaire vont faire de lui un symbole de l’Union sacrée de tous les Français face à la menace allemande. Vous connaissez tous ici le parcours exemplaire d’Abraham Bloch : issu d’une famille alsacienne, il a été victime d’une tentative d’assassinat pendant la vague d’antisémitisme antidreyfusard. En 1913, à 53 ans, il se porte volontaire comme aumônier israélite aux armées. C’est bien ce destin hors du commun qui l’a conduit au martyre et à la reconnaissance de la Nation.

Religion et patrie, voilà ce qu’était Abraham Bloch.

André Malraux a donné, me semble-t-il, le sens et la portée de toute commémoration lorsqu’il affirmait : « Sachons-nous unis par un avenir fraternel plus encore que par un passé commun ».

C’est ce devoir de transmission d’un passé commun pour un avenir fraternel que je m’engage à mettre en œuvre, en tant que maire de cet arrondissement de Paris, avec mon premier adjoint, Alexis Govcyan, à travers les commémorations bien sur, mais aussi l’organisation de conférences et d’expositions, comme celles que nous avons accueillies depuis notre arrivée à la mairie en avril dernier, en partenariat avec le musée de l’ordre de la Libération ou place de l’Opéra le 14 juillet dernier avec les marins de la frégate Guepratte et les militaires de la Légion étrangère.

Ce travail de mémoire indispensable va s’amplifier en 2015 puisque nous avons obtenu de la Ville de Paris que le 9e, compte tenu de son histoire et de l’implantation ancienne des populations juives et arméniennes, qui font l’identité de nos quartiers, soit l’arrondissement de la mémoire.

Vous le savez, l’année 2015 aura une haute portée symbolique en termes de commémorations avec le centenaire du génocide arménien, la fin de la seconde guerre mondiale, la fin de l’horreur absolue de la Shoah.

Pour cette année de la Mémoire, le 9e bénéficiera d’un statut particulier et sera à la tête du comité de pilotage parisien pour mettre en œuvre un programme de cérémonies et de commémorations tout au long de l’année et particulier en direction de nos plus jeunes concitoyens.

Face à la montée des intolérances, la multiplication des actes antisémitistes en France, la menace terroriste qui est réelle avec l’affirmation du djihad sur notre propre sol – et le Premier Ministre Valls rappelait cette situation il y a quelques semaines ici même à l’occasion de la grande fête de Roch Hachana – les défis sont absolument majeurs et nous devons, au-delà des clivages politiques traditionnels, mettre toutes nos forces pour combattre l’antisémitisme et le négationnisme. Avec Alexis, avec l’ensemble de mon équipe municipale, vous nous trouverez toujours à vos côtés pour mener ces combats, mais aussi pour le nécessaire travail de mémoire qui devient de plus en plus nécessaire alors les témoins de cette époque tragique se font de plus en plus rares.

Comme le disait Jean Jaurès, « maintenir la tradition, c’est garder la flamme non les cendres ». Je vous propose donc de travailler avec vous pour garder la flamme et pour que le « plus jamais ça » puisse avoir – enfin un véritable sens, un sens partagé et soit approprié par tous.

L’histoire est complexe parce qu’elle touche à l’humain. Pour que l’histoire ne soit pas qu’une résurrection comme disait Michelet, ayons à l’esprit ces leçons du passé, ces parcours glorieux et exemplaires qui, dans l’épreuve, n’ont jamais flanché.

Je vous remercie de votre attention et de m’avoir permis de m’exprimer devant vous ce matin. »

Publié dans Actualités, Paris 9e
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris