Intervention de Delphine Bürkli sur la hausse de la taxe de séjour

Delphine Bürkli, Maire du 9e arrondissement, est intervenue au sujet de la hausse de la taxe de séjour dans la capitale à l’occasion du Conseil de Paris le 16 décembre 2014.

Intervention de Delphine Bürkli sur la hausse de la taxe de séjour:

Dans la série des cadeaux de Noël faits aux Parisiens, je vous propose pour ma part d’aborder celui de la hausse de la taxe de séjour dont on nous annonce la mise en place après la trêve des confiseurs. Une hausse qui sera définitivement adoptée dans quelques jours au Parlement, mais dont on connait désormais les grandes lignes et surtout son impact sur les hôtels 3 et 4 étoiles puisque les 5 étoiles, visés au départ, ne sont en réalité que 50 à Paris. On compte en revanche 284 hôtels 4 étoiles et surtout 664 hôtels 3 étoiles, le 9e étant l’arrondissement de Paris où il y a la plus forte concentration d’hôtels 3 et 4 étoiles. Alors, on est loin de cette image de taxe des « palaces » régulièrement évoquée dans le débat fiscal et au sein de notre assemblée.

Vous allez me dire, comme c’est votre habitude, que Paris accueille chaque année un nombre croissant de touristes venus pour affaires ou agrément. Certes, mais laissez-moi vous dire que les faiblesses de notre Ville sont malheureusement de plus en plus visibles, consécutives à une absence totale de politique touristique ambitieuse depuis de trop nombreuses années.

J’ai tiré le signal d’alarme en juillet dernier devant vous en proposant de faire du tourisme une grande cause parisienne. Cette proposition reste d’actualité face à la baisse de la fréquentation des hôtels de 2,4% depuis début 2014, avec notamment un recul de la clientèle étrangère, c’est un signal non négligeable à prendre en compte.

Dans votre rapport budgétaire, vous nous indiquez que la taxe de séjour atteindra un montant prévisionnel de 80,5M€ en 2015, en hausse de 40M€ par rapport au BP 2014, soit +98% d’augmentation. Quelle aubaine pour alimenter les caisses de la Ville qui se vident, mais quelle étonnante façon de valoriser le secteur touristique parisien pourtant si porteur, et en particulier en termes de création d’emplois. Je rappelle que le nombre d’emplois de la filière tourisme dans Paris est estimé selon l’Insee à 180 000, soit 15% du total parisien. Si on ajoute les emplois indirects, ceux des grands magasins du boulevard Haussmann par exemple, qui accueille 45 millions de visiteurs annuels, le chiffre passe à 22% des emplois, soit 1 salarié parisien sur 5 dépend du secteur touristique !

Dans votre budget 2015, je n’ai rien trouvé qui soit un signal en direction du secteur économique touristique bien au contraire, tous les signaux sont au rouge : relèvement des tarifs de stationnement des autocars sans proposer ne serait-ce que le lancement d’une étude sur le développement de mode de transports touristiques alternatifs non polluants (dont nous avons cruellement besoin dans le centre de Paris), opposition à la création sur l’ensemble de Paris d’une zone touristique permettant l’ouverture dominicale des commerces, absence de décision pour améliorer les liaisons entre le Centre de la Capitale et l’aéroport de Paris Charles de Gaulle et hausse de la taxe de séjour. Autant de signaux qui inquiètent non seulement les Parisiens, les élus que nous sommes, jusqu’à MM. Valls, Macron et Fabius, qui ne manquent pas de vous interpeller sur tous ces sujets stratégiques depuis plusieurs mois.

Ce budget primitif 2015, mais également votre plan d’investiture de la mandature, sont la preuve qu’à Paris sur la question du secteur touristique nous continuons à vivre sur nos acquis sans chercher à développer l’extraordinaire potentiel que nous avons entre les mains. Vous qui vous targuez de vouloir promouvoir le vivre ensemble, vous oubliez que celui-ci passe aussi par la prise en compte du secteur touristique et son meilleur accompagnement au profit des visiteurs de Paris mais surtout au bénéfice des Parisiens ! Paris est une marque mondiale, nous devons être forces de proposition et d’action pour qu’elle se renforce face à la concurrence féroce que nous livre les autres capitales mondiales.

Vous nous dites que dans les quatre années à venir, ce sont 3.700 nouvelles chambres d’hôtel qui sont prévues, mais c’est encore bien en-deçà des besoins. Tous les professionnels le disent : il manque aujourd’hui 15 à 20.000 chambres d’hôtels pour pouvoir répondre à la demande sur les 3 et 4 étoiles. Depuis 20 ans, le nombre de chambres d’hôtel augmente à Paris de façon continue mais à un rythme peu soutenu : + 5% entre 1999 et 2010 alors qu’il a augmenté de 37% sur le reste du territoire dans le même temps. Résultat, le taux moyen d’occupation des hôtels parisiens s’établit à 80%, 100% sur certaines périodes et l’ajustement se fait par les prix, qui ne cessent d’augmenter au profit de Berlin, Barcelone, Rome ou Londres, qui affichent toutes des tarifs moyens hôteliers inférieurs aux nôtres.

La seule réponse de la gauche parisienne face à cet enjeu majeur, c’est taxer plus et encore plus. En Allemagne pour 100€ dépensés par un touriste dans une chambre d’hôtel, c’est 19€ qui partent dans les caisses de la ville et de l’Etat, à Paris, sans compter la future hausse, c’est 25€ !

De surcroit, la justification que vous faites de cette taxe est particulièrement inexacte. Vous avancez l’argument, je cite, de la « modernisation » de la taxe par les « efforts » de la ville pour promouvoir l’attractivité touristique. Très bien, mais la réalité est tout autre. Dans les faits, les recettes de la taxe de séjour n’ont cessé de progresser et la subvention de la Ville à l’office du tourisme stagne depuis 2002. Vous ne manquerez pas de me répondre tout à l’heure que les investissements de la ville en faveur de l’attractivité touristique ne se résument pas à la subvention à l’office de tourisme, mais représentent, comme l’affirme la communication, un effort financier de 250 M€. Ce à quoi je vous réponds d’ores et déjà que l’emploi que vous faites des recettes de la taxe de séjour est bien au contraire souvent totalement éloigné de son objet initial si l’on en croit le BP2014 puisque le fruit de la taxe a permis la rénovation de l’éclairage rue d’Avron dans le 20ème; le financement d’une mystérieuse ligne budgétaire «Investissements Arts dans la ville » et la contribution de 11M€ à la préfecture de police et à la brigade des sapeurs-pompiers de Paris.

L’importance de cette contribution suscite d’ailleurs plusieurs interrogations : cette somme a-t-elle permis de financer des actions spécifiques de sécurité pour les touristes, et si oui lesquelles ou s’agit-il simplement d’un mode de financement de la contribution générale due de façon légale pour les actions municipales de la préfecture de police, pourtant par ailleurs annoncées en baisse pour 2015 ?

Je précise que ce n’est pas le principe même de cette taxe que nous contestons, d’ailleurs comme l’a déjà rappelé mon collège Jean-François Legaret, c’est la majorité municipale de l’époque en 1993 qui l’avait instituée alors que le groupe Socialiste avait voté contre, nous contestons aujourd’hui l’usage de cette taxe et l’abus que vous en faites !

Pour conclure, la politique touristique de Paris est aujourd’hui en roue libre. Parce que vous considérez que cet atout va de soi, parce que vous sous-estimez ce secteur économique essentiel, qui reste mal-aimé et sous-exploité. Vous prétendez que le tourisme est une richesse inépuisable de notre ville, innée, et qui existera toujours, ce qui vous amène à vous reposer sur nos acquis. C’est une faute. C’est une faute de continuer d’associer dans nos représentations le tourisme à l’oisiveté et aux loisirs et de considérer qu’il n’est pas sérieux pour un pays développé de s’en préoccuper.

Au contraire nous devons inventer et mettre en œuvre une politique ambitieuse en matière touristique, ce qui suppose de doter Paris d’une vraie stratégie de développement territorial générateur d’emplois et de richesses.

Ce n’est pas d’une nouvelle taxe dont le secteur touristique a besoin mais d’un vrai projet de développement de l’offre d’hébergement touristique, pensé à l’échelle de Paris et du Grand Paris. Le tourisme a besoin d’une nouvelle façon de penser la circulation des autocars qu’il est urgent de remplacer par des navettes électriques. Le tourisme a besoin de magasins qui peuvent ouvrir le dimanche, des magasins qui sont aussi autorisés à positionner à leurs abords des agents de sécurité privée mais aussi d’être dotés de brigades de propreté comme sur les Champs-Elysées. Le tourisme a besoin de mobilier urbain touristique interactif et de guides d’accueil pas uniquement en anglais et en chinois !

Alors je vous propose d’impulser une nouvelle politique touristique pour Paris, conciliée au bien-être des Parisiens, de mieux accueillir nos visiteurs comme il convient : avec enthousiasme et non pas en les considérant comme une simple dépense de fonctionnement !

Publié dans Actualités, Conseil de Paris, Economie, Paris 9e
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris