Intervention de Jean-Baptiste de Froment sur le travail dominical

Conseil de Paris – 16 juin 2014

Madame la Maire,

Elus d’un arrondissement, le 9e, qui comprend avec ses grands magasins la plus grande zone commerciale d’Europe, c’est naturellement avec le plus grand intérêt que nous avons pris connaissance de ce projet de délibération relatif au travail dominical et nocturne à Paris.

Il s’agit d’un sujet absolument central pour le développement économique de notre ville.

Je rappelle que le tourisme représente plus de 12 % de l’emploi salarié à Paris, et que cet emploi salarié touristique à Paris représente lui-même 15 % de l’emploi touristique national.

Or, les zones touristiques, telles qu’elles sont définies aujourd’hui, ne permettent l’ouverture supplémentaire par dérogation que de 650 commerces. La délimitation actuelle, extraordinairement restrictive, constitue un frein important à la croissance de Paris, dont je rappelle que, si elle demeure la première destination touristique au monde, elle n’est désormais plus que troisième pour les recettes touristiques globales, et même neuvième seulement si l’on considère le montant des recettes par touriste. Mais le travail dominical, c’est encore le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, qui en parle le mieux, résumant les enjeux par cette remarque frappée au coin du bon sens – je le cite : « le touriste qui vient le dimanche et qui se présente devant un magasin qui est fermé ne va pas revenir ». La perte sèche subie par notre ville s’illustre de façon particulièrement criante dans le secteur des grands magasins du boulevard Haussmann dont près de la moitié des 45 millions de visiteurs annuels sont des touristes étrangers.

Est-il vraiment besoin d’en dire davantage ?

Sur ce sujet, tout a été dit, tout a été écrit, tout a été expertisé. On dispose de tous les rapports, de tous les états des lieux qu’on veut. Une loi, en 2009, a été votée, qui permet au maire de Paris, sur simple décision, d’étendre le nombre et le périmètre des zones touristiques parisiennes et autres PUCE. En décembre 2013 encore M. Jean-Paul Bailly rendait un rapport complet sur le sujet.

Il est donc temps d’agir. Temps de mettre Paris au niveau des autres grandes métropoles mondiale. Temps de la faire rentrer dans le XXIe siècle. Cela doit se faire dans la concertation, bien sûr. Mais il faut engager ce chantier sans tarder.

Au lieu de cela, sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, Madame la maire, vous nous dites qu’il est urgent d’attendre. Vous nous proposez de tergiverser encore, en lançant une « mission d’information et d’évaluation ». Chacun aura bien compris pourquoi : sur ce sujet, vous n’avez pas la majorité pour avancer. Ecartelée entre un gouvernement récemment converti aux bienfaits économiques de l’ouverture dominicale (j’ai cité Laurent Fabius) et les groupes écologistes et communistes du conseil de Paris, viscéralement opposés, vous avez décidé de gagner du temps.

Nous ne pouvons cautionner une telle démarche, qui risque de déboucher, comme d’habitude sur rien du tout. C’est pourquoi nous voterons contre cette délibération.

Quitte à lancer une MIE, autant qu’elle soit utile : nous vous présentons un amendement en ce sens, qui a pour objet d’élargir l’objet de la MIE afin qu’elle porte sur l’ensemble de la politique touristique à Paris. Cars de tourisme, organisation de la propreté, gestion des flux dans les transports, qualité de l’accueil…