Intervention – Rentrée des familles

Conseil de Paris – Septembre 2018
Intervention de Delphine Bürkli

Remettre les familles au cœur de notre ville, de notre cité, est d’une actualité criante, les derniers chiffres sur la baisse des effectifs dans les écoles publiés cet été l’attestent. Accompagner les familles, les aider à s’épanouir, doit être la priorité absolue d’une municipalité qui veut être dynamique et vivante. Car chacun le sait, sans familles, une ville décline et c’est pourtant la pente sur laquelle vous nous avez conduits depuis votre élection.

Cette question de la baisse des effectifs à Paris et de fait de l’attractivité de Paris pour les familles est à elle seule un vrai sujet qui dépasse le cadre de la rentrée scolaire car il soulève l’épineux problème de la fuite de toute une partie de la population de Paris à l’arrivée du second enfant et donc du logement, mais sur ce sujet, nos points de vue divergent totalement.

Dans votre communication, je m’étonne, compte tenu de votre actualité, que rien ne soit dit sur la qualité de l’air dans les bâtiments de la petite enfance et scolaires, alors c’est un sujet de santé publique majeur ainsi que nous l’a rappelé la journée nationale dédiée le 19 septembre dernier, et vous le savez, depuis 2018, les écoles et les crèches françaises doivent être en conformité avec les nouvelles réglementations relatives aux modalités de surveillance de la qualité de l’air intérieur. Alors vous me direz : pour régler le problème de la qualité de l’air intérieur il faut d’abord régler celui de la qualité de l’air extérieur. Mais je vous réponds : pas seulement. Nous pouvons à l’exemple la ville de Lyon, qui n’a pas hésité, elle, à prendre les devants, mener un grand plan de mesure de la qualité de l’air dans les écoles et les crèches parisiennes, et en fonction des résultats revoir certains process humains, certains ouvrants et pourquoi pas, investir dans des purificateurs d’air intérieur ? Il y a sur ce dernier point désormais urgence …

Permettre aux familles de demeurer au cœur de notre ville, passe aussi par l’entretien des équipements municipaux qui accueillent les 0-3 ans mais également les plus grands. Et là il faut quand même rendre à César ce qui appartient à César et rappeler ici que cela incombe et revient à chaque maire d’arrondissement de mener les chantiers d’entretien, de rénovation des crèches et des écoles, c’est un travail précieux, chronophage, incontournable, et qui se heurte encore bien trop souvent aux malfaçons des entreprises sélectionnées par la ville, aux retards, aux marchés sous calibrés arrivés trop vite à saturation, aux aberrations de fenêtres conçues avec de grandes baies vitrées en hauteur mais pour lesquelles nous n’avons pas prévu le nettoyage.

Les petits et grands exemples ne manquent pas et mes collègues maires d’arrondissement pourraient utilement allonger la liste. Dans le 9e dans la limite des moyens financiers qui nous sont alloués nous nous efforçons de donner la priorité aux travaux dans les crèches et les écoles et le temps me manque pour en dresser la liste.

Remettre les familles au cœur de la ville, c’est aussi, et surtout les associer et les consulter sur des questions qui les concernent très directement à savoir le rythme de leurs enfants. Vous vous contentez une fois de plus de nous répondre « circulez il n’y a rien à voir », mais vous ne devez pas être si à l’aise que cela, puisqu’il vous faut quand même consacrer près de deux pages de votre communication sur ce sujet, pour justifier le bien fondé de votre décision. Si vous êtes si sûrs de vous, alors que craignez-vous d’une consultation ? Je connais votre opposition à cette initiative, vous l’avez d’ailleurs rappelé dans un courrier adressé à l’ensemble des parents d’élèves de Paris dans lequel vous citez l’exemple de villes, et elles sont rares, qui certes maintiennent une organisation à 4,5 jours mais ces maires, contrairement à vous, n’ont pas eu peur du débat. Je vous le redis : consulter tous les parents de toutes les écoles par arrondissement non seulement c’est faisable mais c’est constructif et instructif. Contrairement à ce que vous pensez et à ce que vous craignez : on n’est jamais perdants à consulter les premiers concernés.

Vous nous dites : tout fonctionne très bien désormais, notamment grâce aux ASEM. Alors pourquoi avoir, cet été, opéré lors de la dernière semaine août un redéploiement complet de toutes les asem des 8e, 9e et 10e arrondissements. Pas une école maternelle où je ne me sois rendue à la rentrée où un Directeur avait appris, en même temps que les enseignantes et les asem, que ces dernières, bien que présentes dans l’école depuis parfois plus de 10 ans, avaient été déplacées une fois dans le 10e, une fois dans le 8e … sans que personne n’ait été consulté. Vos services m’ont répondu « il y a eu une maladresse dans la communication ». Vous nous parlez stabilité je vous réponds vous mentez alors qu’en déplaçant d’établissement parfois jusqu’à la moitié des effectifs d’asem d’une école, fin août, vous venez mettre à mal les habitudes prises par les asem en premier mais également par les enseignants, les enfants et les parents.

Remettre les familles au cœur de notre ville c’est leur garantir l’accès pour leurs enfants à une alimentation bio, locale, durable pour reprendre les termes de votre communication, durable dans l’approvisionnement mais je dirais aussi durable dans le déroulé d’une journée et sur la question des goûters en élémentaire, préconisation de la MIE suivie par certains arrondissements, une poignée finalement, dont le 9e. Pour le reste, je ne vois rien venir, alors qu’au même titre que le déjeuner, et je ne parle même pas du petit-déjeuner sur lequel un amendement a d’ailleurs a été adopté à l’Assemblée nationale la semaine dernière – le goûter est un repas essentiel dans la journée de l’enfant et dans le rythme de l’enfant. Sur ce point, vous avez pris beaucoup de retard, et la dernière réunion que vous avez organisée sur ce sujet qui s’est réduite à un simple panorama de ce qui se fait ici ou là, n’est pas pour nous rassurer.

Un autre sujet encore en friche sur lequel nous pourrions travailler conjointement et à l’échelle de tout Paris est l’usage que nous pouvons faire des classes ainsi libérées. Actuellement elles sont annexées au gré des projets et des tempéraments des encadrants, le plus souvent par le périscolaire. Pourquoi pas ? Mais cela mérite une réflexion globale. Pourrait-on proposer des ateliers bleus dans ces locaux qui soient dédiés à l’apprentissage du codage quand on sait que beaucoup des métiers de demain tourneront autour de l’open data ? Ces locaux ne pourraient-ils pas devenir de vraies salles de musique quand nos conservatoires sont saturés et que toutes les demandes des familles ne sont pas satisfaites? Ces locaux libérés ne pourraient-ils pas être une belle occasion pour y accueillir des classes thérapeutiques ? Notamment pour les enfants ayant des troubles du spectre autistique. J’ai déjà eu l’occasion d’en parler dans cet hémicycle : le Conseil de l’Europe accuse régulièrement la France de ne pas respecter le droit des enfants autistes à être scolarisés dans des établissements ordinaires. Saisissons-nous de cette opportunité foncière en quelque sorte pour avoir une vraie politique inclusive en matière de scolarité et handicap. Pourrait-on par la même occasion imaginer de pallier le manque d’AVS en formant nos animateurs ?

Telles sont les pistes de réflexion et d’ouverture que je voulais partager avec vous ce matin.