Intervention sur la réforme des rythmes scolaires à Paris

Conseil de Paris – le 25 mars 2013

Contre vents et marées, face à la fronde de 80 % des enseignants, de la majorité des associations de parents d’élèves, du monde associatif dans son ensemble et des personnels de la ville, vous aurez tenu bon et réussi ce matin à obtenir une majorité pour appliquer dans cinq mois la réforme tant décriée des rythmes scolaires, grâce aux tractations passées avec vos alliés verts.

Ce sera une victoire politique d’abord au sein du parti socialiste, puisque aucun des maires des grandes villes de France de Gauche n’aura été en mesure, sauf vous, de l’appliquer, ni M. Collomb à Lyon, ni Madame Aubry à Lille, ni même un membre du gouvernement socialiste, M. Le Foll au Mans.

Une victoire politique pour vous, mais une défaite collective pour les parisiens, parce malheureusement en choisissant la précipitation, vous vous êtes trompés de combat : vous affaiblissez l’école et le corps enseignant et passez à côté d’une réforme absolument fondamentale de la politique éducative, au regard des mutations profondes que connait notre société.

Dans cet écosystème numérique qui bouleverse tout, qui a un impact sociétal et économique considérable sur nous tous, et dont vous ne parlez absolument pas, ce qui importe ce n’est pas la date d’application d’une réforme des rythmes, mais bien la qualité des activités proposées, le contenu des programmes éducatifs pour préparer les enfants au monde de demain qui sera incontestablement plus difficile qu’aujourd’hui, et de leur donner toutes les armes possibles, quel que soit leur milieu familial et social, pour réussir leur vie d’adulte et trouver à s’épanouir dans le futur. C’est la seule préoccupation, la seule obsession, qui devrait être constamment la vôtre, en tant que Maire de Paris, sur ces sujets. Or, ce qui est inquiétant dans votre décision précipitée, Monsieur le Maire, c’est que précisément celle-ci ne soit accompagnée d’aucune réflexion sur le changement de société qui s’opère et sur les conséquences que ce changement peut avoir sur la prise en charge des enfants.

Avec M. Peillon, qui donne des leçons à tout le monde, matin, midi et soir, et qui nous explique qu’il va faire la grande révolution de l’Education nationale, vous faites la promotion des vieilles recettes de la gauche, les mêmes que l’on emploie depuis 30 ans, les mêmes qui ne marchent pas, les mêmes qui coûtent chers aux contribuables et aux finances publiques. A défaut de mettre en place une réforme de l’école ambitieuse, vous vous contentez avec M. Peillon de prendre les décisions les plus commodes, celles des années 80, c’est à dire embaucher 60.000 fonctionnaires, comme si nous avions encore les moyens d’embaucher de nouveaux fonctionnaires supplémentaires à l’Education nationale ou plus grave encore supprimer, l’apprentissage à 14 ans.

Sur la question des rythmes, vous imposez un schéma prêt à porter sur des réalités individuelles et locales très diverses entre arrondissements en ignorant que les vieilles méthodes décrocheront encore un peu plus notre ville du monde qui nous entoure.

Ce que je retiens des échanges auxquels j’ai participé dans le groupe de travail que vous avez mis en place et dans les conseils d’école du 9e arrondissement, c’est que l’enfant, qui grandit dans Paris, doit avoir une excellente préparation éducative, il a besoin des fondamentaux, d’une emprise extrêmement forte sur le vocabulaire, les valeurs, la mémoire, la lecture. Il a besoin aussi de boussoles, pour apprendre à penser et à réfléchir par lui-même, à se repérer dans le monde, ce qui suppose une formation très forte des adultes et des moyens financiers conséquents, ce que ni le Gouvernement socialiste, ni la Ville de Paris ne mettent en place.

Alors, vous dites vouloir faire de la haute couture et du cousu main pour chaque enfant parisien, chiche, je suis mille fois d’accord avec vous, mais alors pourquoi ne proposer que de la confection chinoise ? La Ville de Paris a des atouts considérables : un maillage d’établissements scolaires et culturels exceptionnels, des professeurs et un personnel de qualité souvent mal rémunérés. Vous avez compétence sur les écoles et les collèges. Pourquoi ne pas mettre en synergie tous ces atouts ? Pourquoi ne pas sensibiliser tous les enfants de Paris aux nouvelles technologies et à l’apprentissage fondamental des langues étrangères dès le plus jeune âge, à commencer par l’anglais ?

L’enjeu aujourd’hui, c’est d’inventer une école où chaque élève devenu adulte trouve sa place dans la société de la connaissance mondialisée. Et comprendre cet enjeu, c’est réfléchir à la manière dont on coéduque, ce qui suppose un vrai débat avec la participation de tous les acteurs de la vie éducative, des associations et des familles. Qui fait quoi dans la prise en charge des enfants au 21e siècle ? Quel doit être le rôle des parents, des grands parents, des associations, des professeurs, qui sont avant tout des pédagogues et pas des distributeurs de savoirs ou des concurrents de Google, comme vous le laissez entendre ?

Vous ne se résoudrez pas cette équation en trois mois, en embauchant 80 animateurs supplémentaires ou en proposant des ateliers de papier crepon le vendredi en fin de journée.

Si vous confirmez ce matin votre décision de mettre en œuvre cette réforme de manière administrative et autoritaire, ce sont malheureusement les petits parisiens qui en pâtiront.

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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris