Intervention sur le budget supplémentaire

Intervention de Delphine Bürkli sur le budget supplémentaire au Conseil de Paris, le lundi 4 juin 2018.

Une fois n’est pas coutume dans ce budget supplémentaire : vous communiquez seulement les bonnes nouvelles. Tout ce qui est préoccupant est biffé. Bref, vous continuez à nous raconter des histoires. Je vous cite : « gestion saine des finances », « stabilité fiscale », « engagements tenus » ou encore « la collectivité assure le financement de ses priorités ». En définitive, des mots, rien que des mots pour dire que tout va bien, alors que nous sommes de plus en plus nombreux à Paris à nous inquiéter de l’impact budgétaire de Vélib’2, d’Autolib’, du marché sur les mobiliers urbains publicitaires, et j’en passe.

Dans ce budget supplémentaire, vous semblez donner une bonne nouvelle avec un abondement de 3,2 millions d’euros pour poursuivre l’entretien de la voirie, après avoir baissé de 61 % les crédits dédiés depuis 2014. Ces 3,2 millions d’euros sont sans doute la traduction budgétaire du fameux plan anti-nids de poule annoncé dans la presse à grand renfort de communication. En tout cas, quelle somme dérisoire comparée à l’ampleur des investissements à réaliser. Je me permets d’ailleurs de mettre ce chiffre de 3,2 millions d’euros pour Paris en regard du million d’euros de devis pour les feux tricolores et l’éclairage public, en attente de financement, rien que pour le 9e arrondissement depuis quatre ans.

Vous louez, de surcroît, le plan d’investissement de la Ville pour développer les mobilités alors que seulement 12 % du Plan Vélo 2015-2020 ont été réalisé. La vitesse commerciale des bus est en baisse constante depuis 2001, avec une baisse de 4 % depuis 2014. Alors comment oser parler d’investissement dans les mobilités ?

Tout cela est bien inquiétant et les perspectives sur votre capacité à investir en 2019 le sont tout autant. Vous avez donné comme consigne de ne pas démarrer de nouveaux aménagements après le 1er juillet 2019. Avec le renouvellement des marchés béton et asphalte à compter du 1er janvier, je crains des difficultés pour mettre en œuvre nos engagements dans nos arrondissements, même si nous savons déjà que de nombreux projets des budgets participatifs ne seront pas réalisés en raison de votre agenda politique, mais aussi de la surcharge de travail que vous avez donnée aux services techniques.

D’ailleurs, à ce propos, je vous suggère de mobiliser une journée de votre agenda pour aller voire les brigades de voirie, pour discuter avec le S.T.V. et avec les entreprises titulaires des marchés. Allez regarder la mise en œuvre des zones 30 et vous pourrez alors constater les retards et les blocages dans un service qui manque de financements et de matériels.

Du coup, faute de financements depuis 2014, l’entretien, les investissements et la mise en œuvre des politiques publiques s’en ressentent : diminution des brigades de voirie de 8 à 5 pour faire des économies, 1,7 million d’euros pour les réparations d’urgence en 2018 contre 4,4 millions d’euros en 2014, manque de financement pour les aménagements cyclables.

En réponse à votre exercice d’autosatisfaction, je ferai par conséquent un diagnostic bien différent : sous-investissements, retard dans l’exécution budgétaire et mauvais dimensionnement financier des opérations.

Quoi que vous écriviez, le sous-investissement sur la voirie a atteint un tel niveau que les Parisiens s’en rendent désormais compte à chaque fois qu’ils sortent de chez eux. Ce sous-investissement concerne l’entretien de la voirie, les projets d’aménagement, les grands projets, les mobilités. S’ajoute à cela que vous avez modifié le Règlement de voirie en 2015 qui donne aux concessionnaires la responsabilité des réfections de voiries. On en voit malheureusement le résultat avec des chantiers laissés à l’abandon pendant des semaines, voire des mois.

Tout cela démontre que, pour la voirie, votre doctrine n’est pas la pérennité des aménagements et la qualité, mais l’économie à court terme. Dans quelques années, on appellera cela le syndrome Vélib’ 2, cette stratégie qui consiste à faire au moins cher sans se préoccuper de la pérennité.
Vous aurez compris mon message : 3 millions d’euros dans le budget supplémentaire, ce n’est pas du tout satisfaisant.

À nouveau, j’exprime le vœu d’une réforme en profondeur de la gestion de l’espace public qui est une mission essentielle d’une ville. Et je renouvelle ma proposition de fusionner DPE, DVD et DEVE pour que l’on puisse traiter l’espace public parisien de manière cohérente, décentralisée au niveau des arrondissements et avec des budgets à la hauteur des travaux.

Tout ce retard cumulé dans la rénovation de la voirie, dans la réparation des chaussées, dans la mise en œuvre des zones 30 et du Plan Vélo, dans les aménagements de voirie pour les bus nécessite un plan d’investissement d’ampleur qui dépasse très largement les 3 millions d’euros que vous nous proposez aujourd’hui.