Intervention sur le Plan de Déplacement Urbain de la Région IDF

Je me félicite d’abord que vous ayez accepté d’organiser un débat, à la demande du groupe UMP, sur le plan de déplacement urbain d’Ile de France, qui est, avec le schéma directeur régional, un outil incontestablement clé d’aménagement du territoire francilien qui aura des conséquences sur le quotidien des parisiens.

Pour nous, c’est un débat fondamental auquel nous voulons contribuer de façon constructive vers un objectif partagé de lutte contre la pollution et d’usage plus raisonné de la voiture et des deux roues, un objectif qui ne peut être réalisé que s’il est compris et légitimement partagé par les populations donc démocratiquement accepté.

En ce sens, le PDU qui nous est proposé et l’avis qui nous est soumis ne fait pas  assez preuve de pédagogie et manque d’ambitions et d’audace, puisqu’il ne crée pas les conditions d’un débat apaisé. Il s’agit ici une fois de plus de diviser les parisiens et les franciliens,  de les éloigner plutôt que de les rassembler dans l’idée – et il y a urgence – que notre Région et Paris doivent engager une véritable  révolution urbaine, sortir de l’égoïsme pour mieux vivre ensemble, en développant un Grand Paris tourné vers l’innovation, fortement créateur d’emplois, un territoire écologique et moderne qui aime et aide l’entreprise, et une ville qui partage mieux son espace au bénéfice d’abord des parisiens.

Sur ce dernier point précisément, pratiquement rien n’est évoqué dans le PDU ou dans votre avis sur le développement des zones de rencontres ou sur l’évolution du concept de rues jardins que je considère comme des éléments structurants pour promouvoir une ville réconciliée et conviviale.

Car, lutter contre la pollution, c’est aussi repenser les lieux de circulation, de fréquentation que constituent nos rues et nos grandes artères  et la seule limitation de vitesse à 30 km/h des grands boulevards ou bien du boulevard périphérique à 70 km/h que vous proposez ne répond pas au « mieux vivre ensemble », à cette exigence de plus en plus forte, que nous constatons dans nos quartiers – plus encore aujourd’hui qu’hier – de tisser des liens entre les habitants.

Avec le concept de la  « rue jardin »  ou de zones de rencontres, que vous occultez dans votre avis, c’est l’utilisation de matériaux nobles, la création de surfaces perméables, la prise en compte de la gestion des eaux pluviales et l’insertion de lien social.  Avec une circulation apaisée, un revêtement de la chaussée adapté, une végétation omniprésente, les quartiers, à l’exemple de ce qui se fait à Bordeaux, le développement de ces concepts de convivialité ont l’avantage de proposer un partage de la voirie équitable et sécuritaire de tous les usagers et sont un moyen réel pour dynamiser le commerce de proximité qui constitue l’âme de nos villes, le lien social au « vivre ensemble » auquel nous sommes attachés. Et Paris se doit d’oser ce type de corridor écologique.

Pour réduire la part modale de la voiture dans les modes de déplacements, le PDU doit se fixer également des objectifs beaucoup plus ambitieux. Car, si l’on veut pouvoir proposer une véritable alternative à l’utilisation de la voiture particulière, il faut d’abord augmenter la fréquence des bus, améliorer l’accessibilité et la sécurité du métro, et engager une refonte complète de nos pôles multimodaux. Aucune proposition dans ce PDU pour repenser les gares comme de réels lieux de vie et non pas comme de simples salles d’échanges entre plusieurs modes de transports. Or, le travail exercé sur les gares du Grand Paris Express doit aussi être mis en place pour les gares existantes intra-muros. Prenons l’exemple de la gare RER d’Auber, inauguré en 1971, qui n’est plus du tout adapté aux attentes des parisiens et des franciliens. Ce pôle comme l’ensemble des pôles parisiens doit être requalifié pour redonner vie à ces sous-sols et tunnels, à l’exemple de la ville souterraine de Montréal, avec l’implantation de nouveaux services aux horaires adaptés, à la disposition des usagers : commerces de bouche, services d’aide à la personne, services postaux, bancaires, office du tourisme, etc.

De plus, au même titre que l’autolib, l’autopartage ou le covoiturage, les taxis doivent se positionner comme une véritable offre de transport alternative à la voiture particulière. Sur ce point, ni  le PDU, ni vos propositions ne se positionnent clairement sur le devenir des taxis parisiens et franciliens. Or, force est de constater, pour dire les choses clairement, que le dispositif des taxis franciliens si on le compare à d’autres  exemples étrangers, ne marche pas… Les usagers, qu’ils soient professionnels ou touristes ne peuvent plus attendre 15 à 20 minutes au bord d’un axe circulé pour bénéficier de ce service. La Mairie de Paris doit amplifier le dialogue avec les professionnels du secteur et la Préfecture,  pour qu’à toute heure de la journée et de la nuit et surtout sans réservation, cette forme de transports à la demande soit disponible en moins de 5 minutes dans l’hyper-centre.

Enfin limiter la place de la voiture dans Paris, c’est aussi agir sur les conditions d’accès au parking résidentiel.

Les parcs de stationnement, souvent comparés à des aspirateurs à voitures, ne sont pas considérés par la Municipalité comme un outil au développement économique de nos quartiers. Vous empêchez d’ailleurs depuis dix ans toute nouvelle construction de parking public. Or, à l’heure où nous débattons êtes-vous en mesure de dresser un bilan du stationnement mais aussi de la circulation induite par la recherche de stationnement et même plus de la pollution générée par cette action ? Les emplacements de stationnement de surface sont trop souvent squattés par des voitures ventouse restant stationnés la journée entière, voire la semaine ou plus. La libération de ces emprises passe par la construction de parkings résidentiels à tarif avantageux. Une fois ces espaces libres ils pourront être bénéfiques aussi bien aux commerces sur certaines zones nécessitant du stationnement rotatif, qu’aux usagers plus vulnérables par l’augmentation de la largeur des trottoirs ou encore aux aménagements des voitures électriques qui doivent être encouragés par la Ville. Bref, à l’embellissement de nos rues.

Voilà les quelques remarques sur le PDU et sur votre avis que nous ne sommes pas en mesure de voter en l’état. Pas assez de pédagogie pour répondre aux préoccupations des concitoyens et des réformes proposées qui ne sont pas à la hauteur des défis lancées par la concurrence des autres grandes métropoles mondiales.

Conseil de Paris du 12 novembre 2012

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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris