Jeudi 16 avril 2015 – Représentation en avant-première de la pièce « Ici il n’y a pas de pourquoi » adaptée de l’ouvrage de Primo Levi « Si c’est un homme » – Mairie du 9e

Avant-première de la pièce "Ici il n'y a pas de pourquoi"

Discours de Delphine Bürkli, Maire du 9e

Il y a un an j’organisais ici la projection du film « 24 jours » d’Alexandre Arcady, certains d’entre vous étaient présents déjà.

J’ai alors fait la rencontre de Tony qui interprétait le rôle très très dur du chef du « gang des barbares ».

Notre volonté commune de dénoncer le racisme, l’antisémite, la barbarie, nous a amené à monter ensemble ce nouveau projet : l’adaptation au théâtre inédite du texte de Primo Levi « Si c’est un homme ».

J’ai eu la chance d’assister à une première lecture il y a quelques semaines et vous le verrez dans quelques instants, le poids et la signification des mots de Primo Levi prennent plus que jamais tout leur sens avec l’interprétation de Tony, l’accompagnement musical de Francesco AGNELLO et l’adaptation de Cécilia MAZUR.

Cette année plus que jamais nous sommes dans l’année de la mémoire, et notre arrondissement, par son histoire, par ses habitants passés et présents, se doit de prendre toute sa place dans ce processus de mémoire.

C’est la raison pour laquelle avec Alexis GOVCIYAN et Claire GANNET, nous vous proposons cette représentation mais également l’exposition « témoigner de ces vies » par Francine Mayran que vous avez pu découvrir en arrivant. Au travers de ses portraits de victimes et de résistants, Francine Mayran, peintre et psychiatre, questionne la position du témoin de l’Histoire ainsi que la capacité individuelle à rester passif ou à réagir face aux drames qui ont ensanglanté le siècle dernier. Ses portraits sont constellés de chiffres rappelant la déshumanisation subie mais en ressort des visages chaleureux où l’humanité est toujours plus forte que la barbarie. Cette  exposition, organisée en partenariat avec l’Europe de la Mémoire fera l’objet d’un parcours pédagogique auprès des établissements scolaire du 9e arrondissement de Paris.

Dimanche 26 avril, en présence de Tony, je vous donne également rendez-vous dans la cour de la Mairie pour une cérémonie en mémoire des victimes de la déportation dans les camps de concentration dont nous commémorons le 70e anniversaire de la libération.

Il y a 70 ans le monde entier découvrait les horreurs de la Shoah. Il y a 100 ans le génocide arménien s’exécutait silencieusement aux portes de l’Europe.

Nous lancerons ainsi le « mois arménien dans le 9e »  en mai prochain pendant lequel cette nation, sa richesse et sa culture seront mises à l’honneur en partenariat avec la Croix Bleu.

Se souvenir de la déportation n’est pas et ne sera jamais une action comme les autres. Il ne s’agit pas seulement de se tourner vers l’Histoire mais aussi vers notre présent et notre avenir.

Qu’ils aient été déportés parce que combattants, déportés pour le seul fait d’être nés juifs ou tsiganes, homosexuels, agents d’un réseau, militants d’une cause, simple porteurs de messages, saboteurs, ou tout simplement coupables parce que désignés comme différents par un pouvoir indigne, ils sont tous les victimes du nazisme, du fascisme et de leurs complices.

Des millions de déportés sont morts en parias, condamnés à une fin atroce, sans autre sépulture que nos mémoires.

Nous avons l’ardente obligation de trouver une expression du devoir de mémoire et encore plus dans ce 9e où de nombreuses institutions juives résident. Le 9e arrondissement a accueilli les premiers réfugiés du génocide Arménien et une part importante de sa communauté juive a été victime de la barbarie nazie. Ainsi, au nom du respect de la mémoire des victimes de génocides, de leurs survivants et de leurs descendants, nous avons mis en place une programmation spéciale en 2015 intitulée « Mémoire Paris Neuf ».

Les différentes manifestations que nous organisons marquent l’engagement moral de notre municipalité à donner toute sa place à une forme de reconnaissance active du génocide.

Nous sommes le maillon d’une chaîne, tout comme ces hommes, ces femmes et ces enfants que nous retrouverons ce soir dans la première représentation d’ici il n’y a pas de pourquoi.

Parce que le temps n’est pas loin où disparaitront les derniers témoins de cette époque maudite, cette représentation et les actions que nous pourrons mener dans les écoles sont primordiales pour faire de chaque génération des « passeurs de mémoire » alors que le danger de l’exclusion par la haine est toujours latent.

Nous nous devons de faire vivre cette chaîne, de reformer les maillons manquants, par notre travail car comme l’a écrit Primo Levi :

« Vous qui vivez en toute quiétude

Bien au chaud dans vos maisons

N’oubliez jamais ce qui fut

Non ne l’oubliez jamais

Gravez ces mots dans votre cœur »

Face aux assassins de la mémoire, nous avons un devoir de connaissance et de vérité.

Nous n’y manquerons pas.

 

primo026 primo028 primo039

Publié dans Actualités, Culture, Paris 9e
Abonnez-vous à ma newsletter

Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris