Journée Nationale du Souvenir de la Déportation 2018

Discours de Delphine Bürkli, Maire du 9e arrondissement de Paris, lors de la Journée Nationale du Souvenir de la Déportation – 29 avril 2018.

Journée Nationale du Souvenir de la DéportationJe dois vous avouer ma grande émotion d’entendre raisonner ce matin dans la cour de la Mairie les voix des enfants de la chorale de la Victoire. En chacune et chacun d’entre vous vit un « Petit Simon ». Vous êtes la représentation même de l’amour, de la vie, de l’espoir et de l’avenir. Et si les étoiles ne sont pas toujours belles quand on les accroche sur le cœur, elles sont bouleversantes de justesse quand elles portent ainsi un message d’espérance et que leurs voix transpercent nos cœurs.

Nous accueillons pour la première fois à la Mairie votre chorale, chère Madame Prys et je tiens à vous en témoigner ma sincère gratitude. La présence des enfants donne une toute autre dimension à notre cérémonie, qui honore la mémoire de ceux qui ont été exécutés au nom de la haine et de la barbarie lors de la Seconde guerre mondiale au siècle dernier. C’était hier.

Cette Seconde guerre mondiale a vu naitre chez l’homme ce qui peut l’habiter de pire : le racisme, la haine et la violence; l’obscurantisme qui s’est abattu sur l’Europe, bouleversant la face du monde et marquant les peuples à jamais, d’une cicatrice indélébile.

Dans ‘’Après l’amour’’, Madame Marceline Loridan a livré un témoignage fort et poignant à propos du traumatisme qui l’habite encore aujourd’hui. Elle, qui fut déportée à Auschwitz à l’âge de 15 ans, dit « ne jamais en être réellement revenue ». Elle a fait le choix de garder le numéro 78 750 tatoué sur son bras, comme l’expression des blessures qui l’empêchent toujours de dormir, comme une marque ineffaçable. Son amie, Simone Veil, avait quant à elle gravé son matricule, le numéro 78 651, sur son épée d’académicienne, rappelant ainsi une part d’elle devenue alors invisible mais pour toujours présente en elle. Madame Simone Veil, l’inoubliable, à qui le peuple français rendra le plus bel hommage qui soit, le 1er juillet prochain, lors de son entrée au panthéon, où elle demeurera parmi nous à jamais.

Comme mesdames Simone Veil, Marceline Loridan et Ginette Kolinka – que j’ai eue l’honneur d’accompagner en février dernier pour un voyage mémoriel à Auschwitz avec Francis Kalifa – ces femmes sont le visage de la France debout. La France qui n’a jamais cessé de résister. La France des Justes, celle qui a refusé de se plier à la fatalité de la volonté exterminatrice de l’idéologie nazie, la France de Jean Moulin, la France du Général de Gaulle. Cette France, qui, aujourd’hui, nous rend fiers et grâce à laquelle tant de victimes ont pu conserver leur foi en l’humanité et leur espérance d’un monde meilleur.

Ils sont une immense majorité à ne pas avoir eu la chance de retrouver leurs proches, de sortir vivant de ce cauchemar éveillé. Je tiens ce matin à ce que nous ayons une pensée toute particulière pour ton grand-père, cher Noam, Monsieur Mordedaj Lichtfeld qui fut rescapé de la Shoah mais dont l’ensemble de la famille n’est jamais revenu après la déportation. À travers l’air de violon que tu viens de nous interpréter, tu nous as fait vivre un moment très émouvant et je souhaite te remercier sincèrement d’avoir accepté de partager cette émotion avec nous. C’est lorsque la jeune génération – dont tu fais partie cher Noam – s’implique dans les commémorations que je considère avoir rempli en partie mon devoir de transmission de la Mémoire.

Comme vous tous ici, nous sommes très sensible à la mémoire et à la transmission de ce que fut la Shoah vers les jeunes générations. La Mairie du 9e y consacre beaucoup d’attention et toute son énergie. Nous le devons en premier lieu aux victimes. Nous considérons aussi, que c’est notre meilleure arme contre le racisme et l’antisionisme, et notre seule protection contre le réveil de la bête immonde et la réitération des faits. Alors, nous ne devons céder à aucune facilité, à aucun amalgame mais dire, expliquer, transmettre la mémoire des derniers témoins survivants.

À travers des témoignages saisissants, comme ceux qui nous ont été livrés par Monsieur Charles Baron, dont nous honorions la mémoire l’an passé – une salle de la mairie porte désormais son nom – mais aussi à travers les récits et les mots de Madame Marthe Cohn, espionne juive dans l’Allemagne nazie ou encore ceux de Larissa Cain, une de rares rescapés du ghetto de Varsovie, nous parvenons à sensibiliser les jeunes ici, à la Mairie, au sein même de notre maison commune.

Les cérémonies commémoratives demeureront l’occasion d’honorer ceux qui ont perdu la vie et qui nous manquent, ceux qui n’ont pas survécu à l’holocauste mais aussi ceux qui ont donné leur vie pour sauver celle des autres. Ce fut le cas de votre oncle, cher Alexandre Studeny-Singer, dont le nom figure désormais ici, gravé sur le monument aux morts de la Mairie. En l’inscrivant à la liste des habitants du 9e « morts pour la France », nous reconnaissons aujourd’hui officiellement son sacrifice suprême pour la patrie. Les motifs de son arrestation attestent des actes de résistances qu’il mena pour défendre les valeurs de la France libre. Après s’être engagé dans l’armée française en septembre 1939, il retourna à Paris en janvier 1941 dans l’idée de défendre son nouveau pays, en combattant le nazisme dans l’ombre. Dès son arrivée, Moritz Singer fut contraint d’enfreindre la loi pour survivre, puisque le statut de Juif promulgué par Gouvernement de Vichy l’empêchait de poursuivre son travail de représentant en TSF. Moins d’un an après son arrivée à Paris, il fut arrêté dans le 9e, non loin de son domicile rue de Trévise, à la Brasserie des Ailes, 34 rue Richer, puis interné dans le camp de Drancy avant d’être fusillé le 15 décembre 1941, au Mont Valérien.

En tant que résistant du 9e, Mort pour la France, sa place était de demeurer ici même, parmi nous. C’est désormais chose faite avec la présence de son nom à jamais graver dans le marbre parmi les héros de notre nation. Pour honorer leur mémoire, nous continuerons à nous rassembler pour porter, ensemble, un message d’espérance et de paix en direction de la jeunesse de France.

Bien sûr, la route est encore longue pour éveiller les consciences mais je crois profondément qu’avec le concours de l’ensemble des acteurs de notre pays, avec les associations d’anciens combattants, avec les pouvoirs publics nous parviendrons à éradiquer ce mal qui nous frappe, à faire gagner les valeurs que nous portons unanimement dans nos cœurs et qui sont gravées sur le fronton de nos bâtiments officiels et derrière moi « liberté, égalité et fraternité ».

Vive la République et vive la France.

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