Journée nationale du souvenir pour les victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie – 19 mars 2018

« Un demi-siècle après cette guerre, ces mémoires demeurent vives, et à travers cette cérémonie, comme celle du 5 décembre, nous avons le devoir absolu de se remémorer les douleurs du passé afin d’être en mesure d’envisager l’avenir avec sérénité. C’est tout l’enjeu de la paix des mémoires »

Discours de Delphine Bürkli

Maire du 9e arrondissement de Paris – Conseillère régionale de Paris île-de-France 

« Monsieur le Président du Comité d’entente, Cher Jean-François Neudin, Monsieur le Président de l’UNC, Cher Denis Saulou, Chers représentants des associations d’anciens combattants, Chers élus, chers collègues, Monsieur le Capitaine de la 7e compagnie, Monsieur le Commandant de Police, Chers portes drapeaux,

Mesdames et Messieurs,

En cette journée du souvenir et du recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie, j’ai tenu une fois encore à ce que nous soyons rassemblés. Cette date du 19 mars 1962, reconnue officiellement par la loi de la République promulguée le 6 décembre 2012, représente pour nombre de français un jour important de notre histoire puisqu’elle marqua la fin des opérations militaires sur le territoire algérien, au lendemain des accords d’Évian.

Ces accords ont marqué l’aboutissement d’un processus long et difficile de négociations pour sortir d’une guerre douloureuse de décolonisation, une guerre, pour l’armée française, qui n’avait jamais dit son nom, un conflit accompagné d’une guerre civile. Huit années de combats qui ont endeuillé et déchiré des milliers de familles de part et d’autre de la méditerranée et qui ont laissé – il faut bien le dire, une empreinte indélébile dans l’histoire de la France et de l’Algérie, qu’il nous faut toujours, un demi-siècle après, surmonter.

Ce 19 mars évoque la joie du retour des militaires français dans leur famille, il marque aussi le temps des vengeances et des représailles, l’amorce d’un drame pour les rapatriés, privés de tout, contraints au déracinement, et le début d’une tragédie pour les harkis, abandonnés par la patrie qui les avaient appelés, massacrés dans les semaines qui suivirent, au mépris des accords d’Évian. Des accords d’Evian dont le contenu a été approuvé le 8 avril 1962 par plus de 90% des suffrages du peuple français par référendum organisé par le Général de Gaulle.

De la Toussaint 1954 à mars 1962, ce sont 30 000 hommes qui ont donné leur vie en répondant à l’appel de la Nation, 60.000 furent blessés. Appelés du contingent, certains d’entre vous, ici présents, militaires, harkis, membres des forces supplétives, vous tous, avez choisi de servir la France dans cet épisode dramatique de son histoire.

En commémorant cette journée ensemble, avec nos différentes sensibilités, nous rendons un hommage appuyé à toutes les victimes civiles et militaires. Nous honorons toutes les douleurs. Celles d’hommes, de femmes, de civils et militaires qui se sont engagés pour préserver notre République souvent au péril de leurs vies. Honorer toutes les douleurs, c’est aussi honorer les très nombreux disparus, quelque soient leurs origines et leurs convictions, dont la trace s’est perdue durant la guerre et pour lesquelles la France et l’Algérie travaillent aujourd’hui côte à côte pour élucider ces disparitions qui ont dévasté tant de familles.

Un demi-siècle après cette guerre, ces mémoires demeurent vives, et à travers cette cérémonie, comme celle du 5 décembre, nous avons le devoir absolu de se remémorer les douleurs du passé afin d’être en mesure d’envisager l’avenir avec sérénité. C’est tout l’enjeu de la paix des mémoires, de ces deux dates que nous commémorons ensemble depuis 2014, ici même. Nous reconnaissons toutes les mémoires et n’en occultons aucune. Et je veux remercier une nouvelle fois très sincèrement Jean-François Neudin et Denis Saulou d’être parvenus en lien avec nous, Alexis Govciyan et moi-même, à cette réconciliation et à ce rassemblement.

Car faire la paix des mémoires, c’est regarder l’avenir. Et face aux défis qui sont les nôtres aujourd’hui, les relations de vitalité et d’amitié entre la France et l’Algérie, et plus largement avec son Sud, le Maroc et la Tunisie sont absolument primordiales. Bien sûr dans les domaines économiques, éducatifs et scientifiques. Mais aussi pour répondre à la menace terroriste qui ébranle l’ensemble de nos sociétés, aussi bien en Europe qu’en Afrique.

C’est ce message de paix, d’unité, de rassemblement qu’il convient de porter et de transmettre aujourd’hui, en ce 19 mars 2018.

Vive la République ! Vive La France ! «