La rentrée scolaire 2015 [Intervention au Conseil de Paris de Septembre]

Au cours d’une séance de rentrée qui aura duré trois jours, Delphine Bürkli et Jean-Baptiste de Froment sont intervenus sur plusieurs sujets d’actualités concernant le 9e arrondissement.

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Intervention de Mme Delphine BÜRKLI, maire du 9e arrondissement.

Des sourires, des rires, des nouveaux cartables, de l’émotion, toutes ces images que j’ai croisées dans les écoles la semaine de la rentrée, j’aimerais que ce soient les seules que je retienne, mais la rentrée scolaire cette année a été à l’image de l’ambiance sur laquelle nous nous étions quittés avant l’été : morose.

Morose, parce que marquée par un nombre de fermetures de classes dans Paris sans précédent, sous un Gouvernement et une majorité municipale socialiste.

Le couperet tombé avant l’été a joué les prolongations à la rentrée, touchant plusieurs arrondissements et en particulier, une école maternelle du 9e, dont tous les élèves, tous les enfants ont dû, à peine une semaine après la reprise, changer de classe et de maîtresse, une classe ayant été fermée sur décision du Rectorat, sans que la Ville de Paris n’ait émis la moindre protestation.

Au-delà de cette décision tardive de fermeture, qui dégrade les conditions d’accueil et d’apprentissage des élèves en augmentant fortement la moyenne d’élèves par classe – dans des locaux très contraints, et en pleine réforme des programmes de la maternelle, réforme qui met justement l’accent sur l’apprentissage du langage – nous dénonçons fermement la forme, nous dénonçons la brutalité de la décision, sans préavis, sans concertation, sans prise en compte de l’humain, que ce soit l’enfant, l’enseignant, l’équipe pédagogique.

Je citerai ici un extrait de la feuille de route que vous aviez, Madame la Maire, donné à votre adjointe, Mme CORDEBARD en 2014. Je cite : « Paris doit disposer d’une carte scolaire juste, correspondant à ses besoins croissants en effectifs, répondant aux objectifs de la refondation de l’école dans laquelle nous sommes engagés.Vous porterez cette discussion avec le rectorat en assurant un lien étroit avec les maires d’arrondissement. »

Non seulement je me suis retrouvée bien seule face au rectorat à demander le report de cette décision brutale de fermeture, mais maintenant je dois faire face aussi à la décision de la Ville de Paris de supprimer sur cette école toujours, un poste d’A.S.E.M. cette fois-ci. C’est la double peine Etat-Ville que l’on commence malheureusement à bien connaître ici.

Quelle logique y a-t-il dans cette décision, alors que dans le même temps vous dites vouloir renforcer l’encadrement pour A.S.E.M., et en particulier dans les maternelles. Les élèves, en l’espace d’un mois, auront vu leur maîtresse, puis leur A.S.E.M., partir et ne plus revenir.

A ces fermetures de classe s’ajoutent des professeurs toujours pas nommés trois semaines après la rentrée, des auxiliaires de vie scolaire manquant par dizaines, des assistantes sociales scolaires se retrouvant affectées sur dix écoles au lieu de cinq auparavant, des transports en car pour des sorties en dehors de Paris annulées, des postes de CPE supprimés dans le second degré, des centres d’information et d’orientation en passe d’être réduits de moitié à la suite du désengagement du Département. Que de signaux négatifs nous ont été adressés en cette rentrée 2015, sans compter votre décision d’augmenter les tarifs municipaux pour de nombreuses familles parisiennes, pour la cantine, les centres de loisirs, etc.

Mais l’exemple le plus marquant du désengagement de la Ville de Paris en matière scolaire en cette rentrée est bien celui du budget participatif, avec ce projet soumis au vote des Parisiens intitulé, je cite « Rénover les toilettes dans les écoles et les collèges ». Voilà, Mesdames et Messieurs, où nous en sommes réduits : soumettre le bon entretien de notre patrimoine scolaire au plébiscite des Parisiens !
Je peux aussi citer ce projet « des instruments de musique pour les jeunes Parisiens », ou encore « des salles de sciences rénovées pour les collégiens ». Il y avait aussi ce projet intitulé « Equiper les écoles en matériels numériques ». Comment peut-on laisser de tels projets d’avenir prendre le risque de ne pas être réalisés, parce qu’il n’ont pas fait le poids face à « Promenons-nous dans les bois » ou « Décontractés dans les jardins ».

S’il y a bien un domaine où nous devons, chers collègues, prendre nos responsabilités, ne pas nous défausser, nous engager toujours plus, c’est bien celui des affaires scolaires. C’est la raison pour laquelle, en tant que maire du 9e arrondissement, j’ai refusé de consacrer un seul centime de l’enveloppe dédiée aux équipements publics, et donc à l’entretien des écoles, au pot du budget participatif, parce qu’il était hors de question pour moi de risquer de ne pas pouvoir poursuivre l’important plan de rénovation des écoles du 9e arrondissement que j’ai entrepris à mon arrivée; c’est une question de responsabilité et même tout simplement, de bonne gestion.

Pourtant, là encore, la Ville de Paris ne recule devant aucune petite économie, quand on sait que la C.A.S.P.E. des 8e, 9e et 10e arrondissements doit fonctionner sans adjoint responsable de la section équipements et du suivi des travaux depuis décembre. Rien que cela !

L’égalité d’accès pour chacun, la mixité, l’école comme lieu d’émancipation, la complexification des enjeux de société et des savoirs, donner aux enfants les clés pour mieux comprendre le monde de demain… Comment peut-on relever ces défis si, dans le même temps, on envoie des signaux de désengagement total de la Ville dans ces écoles ?

Je citerai une phrase : « Les mesures de carte scolaire pour la rentrée 2015, décidées par l’Académie, n’ont pas été à la hauteur de l’ambition pour l’école publique que porte l’ensemble des élus municipaux. » Cette phrase n’est pas de moi, ni d’un membre de mon groupe les Républicains, elle est extraite de l’édito de mon collègue maire du 19e arrondissement, François DAGNAUD, dans son journal de rentrée. C’est bien là que le bât blesse, même votre majorité pointe les défaillances et insuffisances à Paris.

Et si au lieu de se laisser imposer par le rectorat des considérations purement mathématiques, une logique purement comptable et budgétaire, nous nous concentrions sur les conditions d’apprentissage dans nos écoles, la scolarisation des enfants de moins de 3 ans? Là encore, c’était pourtant dans votre feuille de route initiale, et pourtant pas un mot sur ce point dans votre communication 2015. Dans votre communication 2014, vous indiquiez : « Paris compte désormais neuf classes pour la scolarisation des moins de 3 ans, soit un poste de plus que l’an dernier ». Qu’en est-il en 2015 ?

Puis, concernant le périscolaire pour terminer, j’ai entendu votre grande autosatisfaction. J’attends toujours cependant, comme beaucoup de mes collègues, les conclusions du rapport de l’Inspection générale de la Ville de Paris sur le rôle des adultes à l’école. Un rapport qui avait été commandé, je le rappelle, à la suite des graves manquements survenus dans plusieurs écoles parisiennes ces dix-huit derniers mois.

J’attends aussi beaucoup et avec impatience de la M.I.E. sur l’A.R.E. que mon groupe vous a proposé et à laquelle nous rappellerons, avec ma collègue Gypsie BLOCH, les préconisations du groupe de travail que j’ai mis en place l’an dernier dans le 9e arrondissement pour assurer un contrôle régulier, mais aussi une valorisation, une meilleure formation des personnels qui doivent encadrer les enfants parisiens.

Publié dans Actualités, Conseil de Paris, Enfance/Education
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris