Le « bouclier social » de la Mairie de Paris, le nouveau leurre de la majorité sortante.

A Paris, la Municipalité sortante aime jouer avec les mots et les images. L’inconvénient, c’est qu’elle joue surtout avec les Parisiens qu’elle prend pour des gogos.

Voici donc que le Maire de Paris et celle qui aspire à hériter de lui, qui se proposent à notre admiration en brandissant vaillamment, pour prolonger la métaphore, un « bouclier social ». Mais pourquoi donc un « bouclier social » ? Par analogie bien-sûr, d’abord et surtout avec le tant caricaturé « bouclier fiscal » de 2007, qui est présenté comme un contre-modèle absolu …

Nous avons donc affaire à l’imitation a contrario du « bouclier fiscal » dont le message subliminal serait: « Puisque le bouclier fiscal du gouvernement antérieur « faisait, des cadeaux aux plus riches », eh bien nous, nous allons faire des cadeaux aux pauvres. » On aurait pu s’attendre en l’occurrence à ce que l’exécutif municipal tirât son inspiration non pas du précédent, mais de l’actuel gouvernement, et qu’il annonçât à son tour une « pause fiscale », mais non, voici qu’il nous propose un « bouclier social ».

Au-delà de ces vieilles recettes d’un anti-sarkozysme qui ont déjà trop servi, examinons froidement les choses. Le « bouclier social» de la Gauche parisienne, c’est : trop tard, trop peu, et trop méprisant.

La crise a touché notre pays et donc aussi les Parisiens. Or depuis 2008, la municipalité sortante a-t-elle jamais procédé à une baisse générale de tarifs qu’elle propose aujourd’hui comme une mesure de bon sens ? La réponse est non, au contraire ! Dès 2008, la Mairie de Paris a augmenté entre 10 et 15 % un certain nombre de tarifs, comme par exemple, les tarifs des conservatoires municipaux et les droits d’entrée dans les équipements sportifs.

Pourtant, après 12 ans aux commandes, sous l’effet d’une brutale inspiration, ils proposent une baisse des tarifs, à partir du 1er janvier, soit moins de 3 mois avant les élections. Nul n’y verra malice…

Cette volte-face est d’autant plus flagrante, que cette décision de baisse de 2%, appliquée aux cantines et aux activités périscolaires, intervient très peu de temps après une hausse de même ampleur de ces mêmes tarifs à la rentrée de septembre 2013. Comprenne qui pourra. La crise semble donc être apparue aux alentours de la Toussaint 2013, semble-t-il…

Mais le bouclier social, sur le fond et avant tout, c’est trop peu. Car enfin que représente véritablement cette baisse de 2 % pour les familles dont la Gauche parisienne espère la reconnaissance électorale dans les semaines à venir ? Rien ou presque rien.

L’étude de l’impact de cette hausse de 2 % sur les familles les plus modestes est particulièrement frappante : c’est un gain de quelques centimes que Madame Hidalgo et les élus de Gauche proposent généreusement en cadeau. De là à y voir un peu de mépris…

Prenons concrètement le cas d’une famille issue de la classe moyenne, le gain de cette famille avec 1 enfant qui mange à la cantine, bénéficie chaque semaine d’une séance d’études surveillées et d’un atelier éducatif culturel, sera au mois de janvier prochain de 5 centimes par repas pour la cantine, soit 80 centimes par mois ; 9 centimes d’euros pour le forfait hebdomadaire par mois d’études surveillées et 19 centimes pour l’atelier éducatif culturel soit une économie totale pour cette famille de: 1 euros et 8 centimes !

Si cette famille moyenne compte 2 enfants et que chaque enfant bénéficie des mêmes prestations de la Ville, le gain de cette famille grimperait à 2 euros et 16 centimes !

Avec un tel bouclier, voilà des familles mises à l’abri. La vérité, c’est que la Gauche parisienne leur fait l’aumône.

Enfin, cette décision n’est pas sincère d’un point de vue budgétaire parce qu’elle ne garantit pas l’avenir, et qu’elle diminue les recettes à un moment de forte contrainte budgétaire alors que de nouvelles augmentations de tarifs à brève échéance sont déjà à l’étude dans les services de la mairie.

Et surtout, la municipalité sortante cherche à dissimuler qu’elle a déjà ponctionné ces mêmes familles, qu’elle fait semblant d’aider aujourd’hui, par le biais des augmentations d’impôts locaux de 40% ces dernières années.

Le « bouclier social » ce sont les nouvelles pièces jaunes de la majorité parisienne sortante. Or, la politique ne se fait pas avec des « coups », avec du saupoudrage et de la communication.

La politique consiste à avoir le sens des réalités et des responsabilités, et surtout dans le respect de ceux qui vous élisent.

Avec Nathalie Kosciusko-Morizet, nous souhaitons non seulement faire d’autres propositions de solidarité, mais aussi changer de paradigme et la manière de faire de la politique locale. C’est ce que nous nous proposons de faire dès le mois d’avril 2014.

Publié dans Conseil de Paris, Paris 9e
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris