Lundi 20 avril 2015 – Dévoilement d’une plaque en mémoire de Napoléon III – 15 rue Lafitte

Plaque Napoléon III - 15 rue Lafitte - 75009 Paris

Intervention de Delphine Bürkli, Maire du 9:

Nous sommes réunis aujourd’hui pour un moment important : l’inauguration d’une plaque qui commémore le lieu où, dans la nuit du 20 au 21 avril 1808, naquit Charles Louis Napoléon Bonaparte, premier Président de la République de notre histoire et dernier Empereur. Napoléon III est en effet né, ici, dans cet arrondissement, au 15 bis rue Laffitte, alors rue Cerutti.

Fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande, frère cadet de l’Empereur Napoléon Ier, et d’Hortense de Beauharnais, fille de l’impératrice Joséphine, Napoléon III marquera durablement notre pays.

Pourtant, et c’est le grand mystère de la figure de Napoléon III, la France ne lui a certainement pas rendu à ce jour l’hommage qu’il mérite.

La géographie parisienne en atteste : le Baron Haussmann a un boulevard majestueux en plein Paris, à deux pas d’ici, qui lui a été consacré, et c’est un fait rare, de son vivant. Pour Louis-Napoléon Bonaparte, il faut attendre plus d’un siècle, 1987 précisément, tardivement, trop tardivement, pour que la Ville de Paris, à l’initiative de son maire de l’époque Jacques Chirac, donne son nom à une place devant la Gare du Nord. Pourtant, sans nier le génie de Haussmann, l’un n’était « que » l’exécutant de l’autre.

En vérité, j’en ai la conviction, on a trop souvent célébré Napoléon III par procuration.

Beaucoup de ses proches, de ses partisans et même de ses détracteurs ont eu les hommages de la Nation. Ces hommages sont légitimes et personne ici ne remet en cause l’apport des proches de Napoléon III comme de ses détracteurs. Il reste que cela est étrange et sans doute inédit : tout s’est passé comme si l’histoire avait retenu la périphérie en oubliant le centre, les partisans et les critiques en oubliant la personne centrale qui cristallisait tous ces débats.

Il est donc important, je le crois, de rendre hommage à Napoléon III, lui-même, comme personnalité centrale d’une période de notre Histoire. Car il reste beaucoup à accomplir pour réhabiliter l’importance de cette figure politique. C’est la raison pour laquelle j’ai tout de suite soutenu votre initiative, à la place qui est la mienne. Nous sommes ici pour rendre hommage à sa personne sur le lieu de sa naissance, le jour anniversaire de sa naissance. Si vous le permettez, je souhaiterais souligner que cette date est celle de l’anniversaire de la naissance de Philippe Séguin, grand homme politique qui, à titre personnel, a beaucoup compté dans mon parcours politique, et qui, aussi, a rendu à Louis-Napoléon le Grand un vibrant hommage mérité. Encore hier soir, je relisais quelques pages de la remarquable biographie qu’il lui a consacrée à celui qui, je cite, a imprimé « au gouvernement du pays des idées qui sont les siennes, qu’il a méditées, mûries, et qu’il a su imposer à un entourage rétif et une opinion versatile, sans jamais céder à la tentation du confort et du conformisme. »

Fidèle ainsi à ses convictions, coûte que coûte, homme d’ambition, Napoléon III eut toujours la volonté de faire rayonner la puissance française dans le monde, à l’instar des expositions universelles de 1855 et 1867 qui ont mis en avant la France comme pôle d’innovation économique et technique.

On se souvient de Louis-Napoléon comme d’un grand bâtisseur, car en plus d’avoir finalisé la construction des voies de communication et du réseau ferroviaire français, il a incontestablement contribué à la beauté de notre ville. Il s’est impliqué personnellement pour construire le Paris moderne, pour faire de notre capitale un modèle à suivre en termes d’innovations architecturales et d’urbanisme.

Il a chargé le Préfet Haussmann de ce projet colossal de transformation de Paris. Cet architecte du Paris moderne est de ce fait connu dans le monde entier, car le boulevard qui porte aujourd’hui son nom Haussmann a vu naître et abrite encore aujourd’hui les Grands Magasins, qui constitue le 1er pôle commercial européen. L’une de ses enseignes prestigieuses, le Printemps, fête d’ailleurs ses 150 ans cette année, et a vu le jour sous le règne de Napoléon III !

Louis-Napoléon avait une vision résolument moderne et a marqué la capitale de son empreinte : c’est lui qui a construit les premiers logements sociaux, dans cet arrondissement, à la cité Rochechouart en 1851, c’est encore lui qui a repoussé les frontières de la ville, qui l’a organisée en 20 arrondissements, qui a érigé de nombreux bâtiments emblématiques et qui a inventé l’urbanisme moderne et contribué à la fonctionnalité de nos rues en installant plantations, trottoirs, mobilier urbain, caniveaux… Sans oublier la végétalisation de Paris : les bois de Boulogne et de Vincennes auxquels il a attaché une si grande importance.

Le 9e est aujourd’hui témoin de ses réalisations : c’est sous sa direction qu’a été construit l’Opéra Garnier (1861-1875), mais aussi la rue Lafayette (1859-1862), les rues de Maubeuge (1861) et de Châteaudun (1862), ainsi que le square Montholon (1862-1863). C’est pourquoi cette plaque est si importante pour les Parisiens et les habitants du 9e en particulier.

En définitive, Napoléon III a préparé l’entrée de Paris et de la France dans le 20e siècle et au-delà. Nous vivons encore aujourd’hui, et pour quelques mois encore, dans les frontières du Paris de Napoléon III. Demain, au 1er janvier 2016, plus de 150 ans après, la métropole de Paris va progressivement se mettre en place, dépassant les limites du périphérique et ouvrant de nouvelles perspectives à notre Capitale.

C’est pourquoi Napoléon III est un personnage inspirant. On sait combien la France peine parfois à entrer dans son siècle. Il arrive en effet que notre pays somnole dans une sorte de nostalgie stérile d’un siècle passé…

Il faut alors des femmes et des hommes politiques qui le réveillent et le poussent à regarder l’avenir et à agir au présent, car comme le disait Camus : « la meilleure générosité pour l’avenir c’est de tout donner au présent ».

Essayons donc modestement de développer ce goût de la prospective, de l’avenir, de la vision en nous inspirant de tous ceux qui comme lui ont contribué au rayonnement de notre pays !

Pour terminer, je voudrais saluer et remercier sincèrement le Baron Gilbert Ameil, Président de l’association des Amis de Napoléon III, Maître Jean des Cars, ainsi que Messieurs Jean-Pierre Jerabek et Daniel Werba pour leur belle initiative et leur travail.

Vous faites vivre notre héritage culturel mais, plus encore, vous nous proposez un éclairage inspirant pour les enjeux de notre époque. Pour cela, je vous remercie très chaleureusement.

 

Napoléon