Non à l’amateurisme et à l’idéologie pour nos enfants !

Lettre ouverte à Anne Hidalgo et aux élus socialistes du 9e arrondissement 

Ecole élémentaire

Depuis le 3 septembre dernier, le Maire de Paris et ses équipes, en application de la nouvelle loi éducative, a modifié l’organisation de la journée des petits parisiens en proposant des activités périscolaires gratuites les mardis et les vendredis de 15h00 à 16h30 prises en charge par le personnel de la Ville et des associations. Contrairement à ce que nous avions demandé tout au long du premier semestre, aucune concertation avec les acteurs de terrain n’a été menée. Un mois après la rentrée, les enfants sont fatigués, les parents d’élève inquiets et les enseignants désabusés. Comment avez-vous pu laisser la situation dégénérer en un tel fiasco ?

Une méthode inacceptable

Avec Bertrand Delanoë, vous avez préféré le passage en force au lieu de privilégier comme cela était votre devoir, sur un sujet aussi important que celui de l’éducation de nos enfants, la concertation. Bien sûr vous donnez des gages d’amitiés aux membres du gouvernement qui ont mis leur réputation en jeu dans cette réforme, à commencer par Monsieur Peillon. Mais que faites-vous des acteurs locaux, de ceux qui, au contact du terrain, subissent au quotidien les effets néfastes de ce changement ? Je pense aux enseignants et aux directeurs des 660 écoles publiques de la capitale, aux parents des 140 000 élèves concernés, aux associations et aux personnels municipaux. Aujourd’hui vous êtes confrontés au mécontentement de nos concitoyens et au climat délétère qui règne dans la grande majorité des écoles parisiennes ou les enfants sont fatigués, les enseignants découragés, les animateurs dépassés et les parents en colère.  Tout cela valait-il vraiment les remerciements d’un ministre ? En tant que seule équipe municipale majeure en France à avoir appliqué dans la précipitation cette réforme, votre victoire politique est une défaite collective pour les parisiens. Une fronde massive et quasi-unanime s’est levée à Paris en début d’année pour que vous repoussiez l’application de la réforme à septembre 2014. Ne l’avez-vous pas vue et entendue ?

Assumez-vous une réforme idéologique menée avec amateurisme et précipitation ?

Vous avez choisi la précipitation idéologique au pragmatisme républicain. Vous avez choisi vos amitiés ministérielles à l’intérêt général des parisiens. La liste des erreurs et des manquements commis dans l’application de cette réforme est malheureusement pour nos enfants beaucoup trop longues.

Les témoignages qui nous parviennent des nombreuses écoles du 9e arrondissement sont édifiants :

  • aucune information transmise aux parents sur les ateliers proposés,
  • défaillance dans l’encadrement de ces ateliers  en termes de sécurité et de pédagogie éducative,
  • qualité insuffisante de formation d’animateurs recrutés dans l’urgence et dès l’âge de 16 ans,
  • vétusté des infrastructures et manque cruel de matériel….

Comment avez-vous pu envisager de mettre en œuvre une réforme sans mettre en place de garantie de qualité des activités proposées pour les parents d’élèves. Avez-vous pensé aux familles et à l’organisation de leur vie quotidienne en termes d’organisation du mode de garde de leurs enfants après 15h45 et le mercredi ? Que se passera-t-il pour les familles monoparentales qui n’ont pas les moyens de faire garder leurs enfants?

Que faîtes-vous de l’argent des parisiens ?

Le financement de cette réforme reste aujourd’hui encore totalement opaque. Alors que nous avions voté au sein du Conseil de Paris une enveloppe de 5 millions d’euros pour la rentrée 2013, son montant est  passé à 40 millions d’euros en mars 2013 puis à 60 millions d’euros en année pleine. Aujourd’hui, on nous annonce un budget de 25,8 millions d’euros en 2013 puis un budget « de l’ordre » de 51 millions d’euros en 2014. A juste titre, nous vous posons aujourd’hui  la question suivante :  

  • Ces chiffres ne sont-ils  pas encore sous-évalués ?

Il est aujourd’hui clair pour tous les parisiens que l’équipe municipale n’est pas capable de donner le budget annuel de cette réforme et encore moins le coût net pour la collectivité.

Que faîtes-vous des vraies préoccupations des Parisiens en matière d’éducation ?

Avec cette réforme et son application à Paris vous avez tout « chamboulé », c’est certain. Mais qu’avez-vous changé de fondamental pour l’avenir de nos enfants? Qu’avez-vous amélioré dans l’accompagnement et la qualité des programmes proposés à nos enfants ?

J’ai plaidé au conseil municipal, tout au long du premier semestre, pour la mise en place d’une véritable concertation, à l’échelle de Paris, des conseils d’arrondissements et des conseils écoles, ainsi que pour l’organisation de véritables Etats généraux de la vie éducative à Paris.

L’enjeu principal de la réforme éducative devrait être de répondre aux 20% d’élèves en échec en réfléchissant à des réponses adaptées pour chaque enfant. Ils ont davantage besoin d’un véritable accompagnement dans le suivi des devoirs ou l’aide à la maitrise des fondamentaux que d’activités de centre aéré ! Soyons sérieux pour l’avenir de nos enfants.

Face au nouveau monde, ce qui compte ce sont bien la qualité des activités proposées, le contenu des programmes éducatifs.

Il faut préparer aujourd’hui les enfants – nos 4.000 petits parisiens du 9e – au monde de demain qui sera incontestablement plus difficile et de leur donner toutes les armes possibles, quel que soit leur milieu familial et social, pour réussir leur vie d’adulte et trouver à s’épanouir dans le futur. C’est la seule préoccupation qui devrait être constamment la vôtre, en tant qu’équipe dirigeante de Paris, sur ces sujets.

 

Les chiffres de l’amateurisme éducatif de l’équipe socialiste

– 137.000 petits parisiens sont concernés par cette réforme,

– 662 écoles publiques maternelles et élémentaires touchées ;

– près de 1500 emplois créés dans l’urgence par la ville à l’heure ou la Cour des Comptes recommande vivement de réduire le nombre de fonctionnaires

– un budget supplémentaire de 25,8 millions d’euros en 2013 puis un budget « de l’ordre » de 51 millions d’euros en 2014

 

 

Publié dans Paris 9e
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris