Rapport de la Chambre régionale des comptes sur la gestion des piscines parisiennes

Intervention au Conseil de Paris. Décembre 2017.

Moi aussi, j’ai trouvé intéressant et instructif ce rapport, mais peut-être pas pour les mêmes raisons que Mme SIMONNET. Il dresse un bilan plus que mitigé de l’action de la Ville de Paris en matière de bonne gestion et de pilotage global de ses équipements, et certains passages sont même affligeants et accablants sur votre gestion.

J’ai entendu en 2015 les bonnes volontés affichées par la Ville au moment de l’adoption du Plan « Nager à Paris » mais bon nombre de débats restent en suspens à l’heure actuelle.

Le premier point noir porte évidemment sur la gestion des ressources humaines par la Ville qui, passez-moi l’expression mais elle est de circonstance, se fait vraiment au doigt mouillé. La gestion RH est caractérisée par une vraie désorganisation qui s’en ressent jusqu’à l’accueil du public et il suffit de prendre connaissance des registres remplis par les usagers sur place pour s’en rendre compte.

La question est d’autant plus légitime que la C.R.C. estime que le taux de fermeture des équipements aquatiques s’élève à l’heure actuelle à près de 20 %. Les grèves successives auxquelles nous devons faire face, en plus de conduire à des pertes financières conséquentes sur lesquelles la Ville se garde bien d’ailleurs de communiquer, conduisent aujourd’hui de nombreux Parisiens à s’être détournés de nos piscines. Vous ne pouvez pas ignorer la baisse constante depuis 2011 du nombre d’usagers, estimé à 10 % par la C.R.C.

La faiblesse ou plus généralement l’absence de communication autour de ces fermetures inopinées est également un facteur qui doit rentrer en ligne de compte et sur lequel il conviendrait de travailler tous ensemble.

Aujourd’hui, le défi est double. Non seulement il faut combler le retard de la Capitale concernant le ratio nombre de piscines/nombre d’habitants, ce qui nécessite de créer de nouveaux équipements et, on le voit dans le rapport sur ce point, des projets ont dû être abandonnés, mais également faire revenir les Parisiens dans les piscines municipales, qu’ils ont quand même souvent raison de bouder. Cela nécessite de mettre le paquet sur la rénovation de l’existant et pas uniquement en se concentrant sur des travaux de maintenance de l’arrière-boutique qui sont certes essentiels mais qui n’améliorent en rien la qualité d’accueil et de confort de nos piscines qui fait cruellement défaut aujourd’hui.

On en avait parlé lors du débat sur le Plan « Nager à Paris », plusieurs propositions avaient été faites alors sur tous les bancs de cette Assemblée, notamment portées par le collectif « Les nageurs citoyens ». Toutes ces propositions aujourd’hui demeurent lettre morte. Je les rappelle : service de location de serviettes, modernisation des douches et des plages, augmentation du nombre de sèche-cheveux, propositions d’une offre de restauration quand elle est possible en termes de locaux, végétalisation des espaces, réduction de 30 à 15 minutes du délai entre le départ du public et l’arrivée du club, faire cohabiter plus systématiquement deux publics différents, scolaires et individuels, ou clubs et individuels, ouvrir davantage les bassins écoles au grand public en dehors des scolaires. Bref, notre patrimoine mérite plus, mérite mieux qu’une succession d’opérations de colmatage et de cache-misère comme nous le constatons trop souvent.

C’est dans ce contexte que les plaintes des habitants s’accumulent depuis plusieurs mois : absence d’aide apportée aux associations dans l’installation de leur matériel, carences en termes de nettoyage, fermeture prolongée, pour ne citer que le 9e, de la piscine Drigny pour des raisons sanitaires qui mettent en cause la santé du personnel et des usagers et surtout défaut global d’une surveillance des équipements sportifs. Je prendrai encore l’exemple du centre Valeyre, lorsque le 18 octobre dernier un individu s’est introduit alors que des enfants étaient présents. Je ne reviendrai pas sur cet épisode.

Cette situation est incompréhensible, d’autant que Paris se prépare à accueillir les Jeux olympiques en 2024, que cet événement est censé mettre en avant et développer la pratique dans la Capitale. Nous sommes à 7 ans de l’événement. Sept ans, c’est à la fois encore long et très court. Beaucoup reste à accomplir en matière d’accueil et de gestion de nos équipements sportifs.

Avec mon groupe, nous souhaitons que s’ouvre une large concertation sur la gestion des agents des équipements sportifs municipaux, en lien bien sûr avec les mairies d’arrondissement qui sont en première ligne.

Deuxième point que je voudrais souligner. Outre la gestion du personnel, la C.R.C. pointe du doigt la connaissance plus qu’approximative – ce sont ses termes – du coût des 30 piscines gérées en régie par la Ville de Paris. Elle rappelle à ce titre que la rubrique 413 relative aux piscines recense en réalité des charges générales qui concernent parfois des équipements d’une toute autre nature alors que les charges générales relatives aux piscines sont, elles, incontestablement sous-estimées.

Il est particulièrement préoccupant d’observer que les dépenses énergétiques – enjeu ô combien important sur le plan économique et environnemental -, qui représentent habituellement le second poste de dépenses d’une piscine après le personnel, ne sont tout simplement pas comptabilisées par la Ville de Paris. Comment l’expliquez-vous, Monsieur MARTINS ? Pire encore, et alors que le Plan « Nager à Paris » prévoyait une enveloppe de 23 millions d’euros par an consacrés aux investissements, ce sont seulement 8,3 millions qui sont dépensés chaque année afin d’améliorer les infrastructures parisiennes. On peut légitimement s’interroger sur l’utilisation des quelque 15 millions d’euros manquants.

Par ailleurs, il est démontré, dans ce rapport que la Ville est aujourd’hui dépourvue d’indicateurs permettant d’apprécier le détail de la fréquentation des piscines, notamment s’agissant des scolaires et des associations, en conséquence de quoi il lui est totalement impossible de déterminer avec précision le coût de fonctionnement des piscines parisiennes.
Alors, ces nombreuses lacunes, qui mettent une nouvelle fois en lumière la complexité d’organisation des services de la Ville, nuisent aujourd’hui à un pilotage performant de la gestion des infrastructures aquatiques. Elles nous interrogent plus largement sur la pertinence de la gestion en régie de ces équipements et parce que – et je terminerai par-là – le rapport compare la gestion des piscines en régie municipale et celles en D.S.P., il nous pose vraiment une question claire : ne serait-il pas plus judicieux, partant de ce constat, d’envisager l’externalisation de la gestion d’un plus grand nombre de piscines parisiennes ? Ce débat mérite d’être posé.

C’est pourquoi j’ai dit que je n’étais peut-être pas parfaitement d’accord avec vous, Madame SIMONNET.