Réaffirmons la vocation de Paris à être capitale mondiale du marché de l’art

Intervention de Delphine Bürkli au Conseil de Paris.
Le 18 novembre 2014.

Il y a un mois, nous nous réjouissions sur tous les bancs de cette assemblée, de l’inauguration de la Fondation Vuitton et de la réouverture après une très belle rénovation du Musée Picasso à Paris.

Le voeu que je vous présente a pour objet premier de réaffirmer la vocation de Paris à être la capitale mondiale du marché de l’art et pour qu’elle le reste face à la compétition internationale, je vous propose – d’anticiper – de nous mobiliser ensemble contre un projet de texte de loi du Ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, qui peut paraître vertueux sur le papier mais qui aura immanquablement des conséquences négatives sur ce secteur essentiel. Je ne veux pas en cet fin d’après-midi accabler M. Macron, qui a déjà fort à faire avec la Maire de Paris depuis ce matin… Mais, dans le texte qu’il présentera au Conseil des ministres dans quelques jours – qui reprend les propositions du rapport du député socialiste Richard Ferrand – il s’agira de fusionner les huissiers avec la profession des commissaires-priseurs qui constitue la tête de pont de la filière du marché de l’art en France et plus encore à Paris.

C’est une idée qui n’est pas nouvelle, elle a été portée en son temps par Arnaud Montebourg. Sous couvert d’un élan révolutionnaire, il s’agissait de partir à la chasse aux privilèges; les professions réglementées devaient être cassées pour renflouer les caisses de l’Etat jusqu’à 6 milliards d’euros disait-il à l’époque… Forcément la solution à tous les maux du pays… M. Montebourg est reparti sur les bancs de l’école, le problème, c’est qu’Emmanuel Macron, a repris à son compte cette idée en jetant l’anathème sur les commissaires priseurs dont le métier est mal connu du grand public et donc facile à jeter en pâture.

Défendre les commissaires-priseurs dans cet hémicycle, ce n’est pas une cause élitiste, encore moins un sujet marginal. Les commissaires-priseurs sont les garants de la transparence du marché dans l’intérêt des vendeurs comme des acheteurs.

Défendre cette profession, c’est défendre l’identité de Paris, la place de la France et son rayonnement culturel.

On nous explique que cette réforme ne touchera que des ventes judiciaires sauf que la réalité du terrain ne connaît pas cette distinction, puisque 75% des commissaires-priseurs en France et la quasi-totalité des commissaires-priseurs à Paris, exercent à la fois une activité judiciaire et une activité volontaire.

En voulant fusionner cette activité avec celle des huissiers, on va à la fois fragiliser une profession et menacer un écosystème. Je rappelle que le marché de l’art, c’est 13.000 entreprises spécialisées, des galeries, des maisons de ventes, des marchands d’art, des antiquaires… Plus de 70.000 personnes travaillent dans ce secteur d’activité, sans compter les milliers d’emplois indirects (hôtellerie, assurance, gardiennage, etc). Rien que dans le 9e arrondissement, l’hôtel des ventes de Drouot attire 6.000 visiteurs par jour et constitue un véritable poumon économique pour tout un quartier.

Alors fragiliser cette profession de commissaire-priseur, comme l’envisage le gouvernement, conduirait à remettre en cause la suprématie culturelle de Paris, déjà menacée au profit de Londres et de New-York, et la Ville de Paris doit être en première ligne pour stopper les ardeurs du gouvernement et soutenir ce secteur d’activité essentielle pour le développement culturel et économique de Paris.

Publié dans Actualités, Conseil de Paris, Culture, Economie
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Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris