Réforme des tarifs des conservatoires municipaux

A la lecture de ce projet de délibération, j’avoue m’interroger sur les motivations politiques qui vous ont animées pour proposer une telle hausse des tarifs dans les conservatoires municipaux d’arrondissement.

La réforme, que vous nous présentez aujourd’hui,  tend immanquablement à minimiser l’enseignement musical à Paris et à créer un rapport élitiste à l’art en voulant restreindre l’accès aux conservatoires à tous les enfants, qu’ils soient issus des classes  intermédiaires de Paris ou les plus modestes. Qui peut croire en effet que diminuer les tarifs de 33 à 40 centimes d’euros par moins pour des parents qui gagnent un SMIC est un effort de démocratisation ?

Au-delà, et je le regrette, vous réduisez la question essentielle de l’accessibilité à la musique à un débat purement financier sans apporter la moindre réponse sur les difficultés d’accès à la culture à Paris pour les familles.

Mais, dès lors que vous prétendez agir pour les Parisiens, que ce soit pour le logement, le transport, les tarifs dans les cantines scolaires, ou ici pour l’enseignement de la musique, vous employez les mêmes mots, et la même rengaine idéologique qui ne date pas d’hier, mais du siècle dernier, et qui consiste à, « prendre aux riches et donner aux pauvres ». Et être riche à Paris, dans la terminologie socialiste, c’est toucher 4.000 euros par mois, ce qui concernent toutes les familles moyennes qui tirent leurs revenus de leur seul salaire, et qui ont d’ores et déjà subi une augmentation des impôts locaux de 25 % en deux ans.

Après une hausse continue des tarifs dans les conservatoires entre 2006 et 2011, il est difficile de justifier cette nouvelle annonce d’augmentation, qui je précise, s’est faite sans concertation avec les  directeurs de conservatoires ou des parents d’élèves et alors que la Ville de Paris vient d’engranger au titre des droits de mutation en 2010, des recettes importantes, à hauteur de 1 milliard d’euros. Pourquoi ne pas avoir utilisé cet argent pour l’ouverture de nouveaux conservatoires dans Paris, ou répondre au défaut d’entretien dans certains bâtiments, ou encore utiliser cet argent pour aider les familles à acheter les partitions ou les instruments?  En somme, pourquoi ne pas créer un véritable service public donnant un accès gratuit aux conservatoires municipaux pour les enfants issus des familles les plus modestes?

Résultat, si la diminution de 33 centimes d’euros par mois ne changera rien au quotidien des familles les plus défavorisées, la pression sur le budget des familles est réelle puisque les tranches 4, 5, 6, 7 et 8 augmentent jusqu’à 56% dans des proportions qui n’ont aucun rapport avec l’inflation. Et le tarif varie du simple au septuple selon le quotient familial appliqué.

Alors, traduction sur le budget d’une famille avec deux enfants dont les revenus s’élèvent à 6.000 euros et plus, ce qui est le cas de la majorité des familles dans le 9e, il lui en coûte 204 euros par an supplémentaire pour la cantine scolaire, et 200 euros par an en plus pour inscrire ses deux enfants au conservatoire, soit une augmentation de 424 euros dans le budget du ménage pour l’année et une perte réelle de pouvoir achat.

Au-delà, votre réforme ne permettra pas d’accueillir plus d’enfants dans les conservatoires pour la bonne raison qu’il n’y a plus aucune place dans ces structures, qui dispensent un enseignement répondant à des normes très précises. Prenons l’exemple du 15e arrondissement, qui pour une population de 235.000 habitants, propose seulement 1200 places dans le conservatoire d’arrondissement, et où ma collègue Hélène Macé de Lépinay, y dénonce depuis des mois les insuffisances : pas de régisseur, absence d’entretien des locaux, pas de piano de concert depuis des années, et insuffisance de ses crédits d’animation.

Quant au 14e arrondissement, où le conservatoire accueille 1200 élèves pour 900 places, pourquoi ne pas avoir écouté ma collègue Marie-Claire Carrere Gée qui vous proposait de prévoir un nouveau conservatoire à Broussais ou à Saint-Vincent de Paul ? Quid également de l’extension du conservatoire Baudelic dans le 18e arrondissement, toujours pas réalisé ?

La réalité, c’est que votre politique est en déphasage complet avec l’évolution de la sociologie parisienne, cette réalité parisienne, où dans la plupart des arrondissements, il faut compter aujourd’hui entre 8.000 et 10.000 euros le m² pour acquérir un logement ou s’acquitter d’un loyer de 1.400 à 1.500 euros en moyenne pour un logement de 50m² dans le privé, galèrer pour trouver un parking à moins de 250 euros mensuels, nourrir, habiller ses enfants, les éduquer, il n’y a plus d’argent dans le ménage pour les « extras » c’est-à-dire ces activités qui donnent accès aux enfants à l’art, à la musique, aux sports qui sont aussi essentielles pour leur développement et leur ouverture aux autres.

Au lieu d’aider au maintien du pouvoir d’achat des Parisiens, votre politique – qui matraque fiscalement les familles et augmente tous les tarifs des services municipaux – prive les enfants d’activités culturelles parce que les parents galèrent pour boucler les fins de mois.

C’est la réalité, et c’est la raison pour laquelle je ne voterai pas cette délibération.

Délibération au Conseil de Paris du 16 et 17 mai 2011

Publié dans Conseil de Paris, UMP Tagués avec : ,
Abonnez-vous à ma newsletter

Delphine Bürkli

Delphine Burkli Maire du 9e arrondissement de Paris
Conseillère de Paris